La guerre est déclarée...
Je détiens des Photos sur verre à regarder avec un appareil permettant de les voir en relief.
Dans la soirée,vers les 6 heures ½ , on nous annonce que « LA GUERRE EST DECLAREE »
entre la Serbie et L’Autriche, mais rien de bien certain ...
26 juillet.
« La guerre est déclarée ! »...
Toute une rumeur dans la ville...on chuchote partout...dans tous les coins...
Nos cuisiniers commencent à boucler leurs bagages...
et, j’en suis à me demander ce que l’on va faire dans la journée au sujet du service ?
Un bagagiste est mort subitement.
Un caissier se suicide !
Un autre caissier se « barre » avec la caisse ! (8000)
On change le système pour les additions...
WEININGER: 3 jours de mise à pied pour avoir mangé de la compote !...
Nous n’avons travaillé que pour le thé.
27 juillet.
La mobilisation a commencé : par curiosité je me suis rendu à la gare pour avoir une idée de leur
état d’esprit lors de l’embarquement.
On ne voit que des femmes qui pleurent ou se lamentent ...
Je retourne en voiture pour ne pas être en retard pour mon travail.
Toute la journée on cause de désastre...et l’on « jambe » dans les coins, vu qu’il n’y a rien à
faire !
28 juillet.
La mobilisation continue...
et l’on se demande ce qui va se passer ?
Sur tous les pas de porte on peut voir de bonnes femmes qui pleurent en se racontant des
balivernes ...
Avec tout ça, on ne travaille plus !...
29 juillet.
...pas de travail, tout le monde fout le camp !...
Journée plus que mauvaise...je suis énervé de ne pas pouvoir travailler ...
GALLET part pour Biarritz...
30 juillet.
Rien de particulier.
On attend les évènements.
31 juillet.
Toujours des bruits de guerre, et de mobilisation de la Russie et de l’Allemagne.
Pour nous donner de la force et du courage, nous partons, PIERROT, GAFNER, HILDING, et moi, faire une partie de nuit.
Nous allons Villa Frieda, d’où nous ne repartons, après nous être convenablement amusés pour la
somme de 100K, qu’à 4 heures du matin !
1er Août.
Population en émoi. Mobilisation Générale.
Nos cuisiniers allemands s’en vont aussi.
Gafner s’en va avec un client. Vallet ,Glunz ,Taccano , Picot ,Rosa nous quittent pour Paris...
Les trains ne marchent que pour l’Etat : les clients sont obligés de rester malgré eux, ils
reviennent de la gare n’ayant pas trouvé de place dans les trains !
Nous avons notre dernier bal, et très peu de monde...
Je sers le Prince OBEDIM qui nous « rase » jusqu’à 11 heures !...
Nous touchons notre « pognon » de la saison.
Dimanche 2 août.
C’est la mobilisation en Allemagne : BUTTNER , ERICKI , STURM, ainsi que quelques cuisiniers nous quittent ...
Voyant que tout va si mal, je prends la décision de faire mes malles, et au lieu de manger je vais
avertir ma patronne de tout préparer pour Lundi.
Une dizaine de commis se font payer ayant l’intention de s’enfuir aussi !
Mon « mal d’amour » ne m’ayant pas quitté...
je fais parvenir un billet à Mlle. Z. BERTHE lui demandant un rendez-vous.
C’est en sortant que je l’ai vue, elle s’est approché de moi pour la première fois et m’a causé très
amicalement...à force d’insister j’ai obtenu de la revoir le soir au « Egerer ».
Après une toilette très rapide mais bien soignée, je la trouve au lieu indiqué ...accompagnée de sa
soeur, qui est aussi très affable. Nous causons de chose et autre, puis nous allons dans une pâtisserie
où je leur offre quelque chose.
Pendant que nous consommions et bavardions, nous n’avions aucune idée de ce qui se passerait
le lendemain ...
On se quitte à 10 heures, et je retourne à l’Egerer-Café où je reste seul et tout pensif...
J’absorbe deux cafés, après quoi je rentre chez moi pour emballer ...
Je venais de commencer lorsque un commis vient me dire que mes copains m’attendent au Central.
Je réfléchis un instant avant de me décider à sortir, nous restons ensemble jusqu’à 2 heures ½ du
matin !...
Je prends Vittorio avec moi pour m’aider à faire une grande partie de mes bagages, il s’en va
vers les 4 heures, en ayant très sommeil !
3 août.
Quant à moi, je n’ai pas fermé l’oeil !
Je me lève à 6 heures et vais éveiller Roméo.
Après m’être fait raser, je vais en ville faire quelques emplettes.
Puis, je remonte à l’hôtel pour la « Sainte Touche »...(pognon)
Je fais mes adieux et descend de nouveau en ville en compagnie des deux Roméo et de Hilding ,
nous faisons encore quelques achats...
Je rencontre les deux demoiselles de la veille et nous nous donnons rendez-vous pour le départ...
Que de complications pour y arriver !... Nous prenons le vermouth au Pupp, et ensuite nous nous
rendons à l’hôtel en voiture, je prends mes certificats ...en sortant je retrouve les demoiselles, on repart en voiture jusque chez moi, elles attendent pendant que je termine ma malle...
Mon linge me porte sur les nerfs ! avec ça ma patronne qui ne pouvait y arriver !...
Enfin, je la quitte, et toute en larmes, elle me serre la main !
Nous arrivons enfin à la gare...
Incroyable le trafic qui s’y déroule !...impossible de faire un pas en avant !
Mais malgré ça, à l’aide de pognon, j’ai fini en même temps que les autres !...
Dans la gare on pouvait voir tout le personnel de « l’Impérial », presque tous des Italiens, chantants, ovationnants, comme un wagon de réservistes !...
Des « hoch wech » résonnaient, les bonnes femmes sortaient des mouchoirs pour s’essuyer les
yeux...
Enfin nous démarrons !
Le voyage n’a pas été trop énervant jusqu’à Munich, bien que l’on ait eu plusieurs visites et
contrôles de bagages et papiers !
Nous arrivons à Munich à 7 heures avec l’idée de faire un bon repas en compagnie de ces dames
...
Déveine, il faut sauter dans le train voisin et nous diriger vers Lindau !...
Et c’est encore quelques heures de voyage que nous nous appuyons avec rien dans le coco !...
Enfin , nous arrivons à une station frontière : Immenstal, où avant de descendre du train,
deux soldats en tenus de guerre, baïonnette au canon nous posent cette question :
« Was sind sie für Landsmann ? »33
...et de répondre grec au Jésuite ...
Mais j’y ai coupé... quelques minutes après on voit une dizaine de voyageurs descendre du
compartiment...
c’étaient des Russes qui se dirigeaient sur la Suisse : ils sont retenus !
Une deuxième visite me « gobe » à mon tour, à la question posée sur ma nationalité,
je dis : «Français ! »
A ce mot, le soldat me prend par le bras et me fait sortir au plus vite !...
Alors j’entends une vois qui saute, entrecoupée par l’émotion, et qui crie :
« Clariond ! »...
c’était Berthe !...
J’en fus touché !...
Je suis emmené directement au bureau de l’officier de service, lequel après contrôle de mon
identité me dit très poliment que je peux continuer ma route !...
C’était comme un rêve !...
Nous recommençons à rire ... croyant que tout était fini ... non ! non ! !...
A minuit, nous entrons en gare de Lindau...Personne ne doit descendre de voiture...
Puis, une seule portière est ouverte, et c’est l’un après l’autre que l’on passe devant le contrôle
militaire.
En voyant mon livret militaire l’officier me fait passer de côté et je rejoins les Russes qui sont
surveillés de près !
Mes compagnes de voyage sont navrées de mon sort, elles obtiennent toutefois la permission de
me tenir compagnie en attendant une réponse de l’état major de la place.
...Cette réponse se fit plus qu’attendre !...
et, lasses, elles se sont décidées à me quitter pour ne point manquer leur train.
Les adieux furent courts...
Je reste seul au milieu d’inconnus ...
Je ne sommeille que d’un oeil, je fais tout mon possible pour rester éveillé afin d’être renseigné
sur mon sort...
A 8 heures le lieutenant arrive et nous dit que dans quelques minutes nous aurons une réponse...
Longues minutes, à 10 heures on nous donne la réponse : par ordre du Commandant de la Place,
les Français et les Russes qui se trouvent actuellement sous nos mains sont considérés
comme étant prisonniers de guerre !
Et ça commence, lecture du Code Pénal : mort pour toute infraction !
obligation de déposer armes prohibées et appareils photographiques, etc...
On nous conduit baïonnette au canon à la caserne Louis Paul qui se trouve à quelques minutes de
la gare.
A 12 heures, on était caserné dans un coin de hangar : on nous apporte des bancs, des tables...
de l’eau fraîche...des cartes postales ...etc...
En un mot, ces soldats ont été plus que gentils avec leurs ennemis ou leurs soi-disant ennemis !...
J’en étais même à me demander si ce n’était pas un rêve !
On se cause...on se raconte le voyage, où l’on va, d’où l’on vient : une vraie conversation
s’établit...
Je commençais à m’habituer , et voilà qu’entre un commandant qui nous annonce que nous
sommes libres !...
Cette nouvelle fut accueillie de bon coeur, pourtant personne n’osa pousser un cri de joie, de
peur d’éveiller un mauvais sentiment dans le groupe de réservistes qui nous encadraient...
Enfin, on nous repasse une bonne visite... et l’on nous conduit au vapeur du lac de Constance
pour nous remettre aux autorités Suisses.
Je dois préciser que nous n’avions rien mangé ...
Aussitôt sur le vapeur nous descendons au Salon et dînons de bon appétit, malgré le service qui
laissait plus qu’à désirer ! et avec ça, il fallait supporter l’insolence des Waitresses qui nous servaient !
C’est le coeur plein de joie que nous descendons du bateau, espérant prendre le premier train
pour être rapatriés...
Non le Glück ne me suit pas !...On recommence à nous fouiller, puis on nous fait asseoir ,...
et nous y sommes encore à 7 ½ ... nous sommes installés dans une salle d’un Café couvert
dans l’attente d’une réponse de Berne...
Que vont-ils faire de cette bande de pauvres gens qui ne savent où se tourner ?
Néanmoins nous mangeons et buvons !
Pendant qu’on nous passait la visite ,deux demoiselles qui étaient à proximité s’aperçurent que je
n’avais plus d’allumettes ...l’une d’elles me dit en suisse allemand :
« Voulez-vous que j’aille vous en acheter? »
Ce qu’elle fit avec grand plaisir ! bien qu’il plut à torrent !...
Et nous attendons toujours !
Enfin, on nous annonce que nous pouvons nous chercher une chambre, ce que je fais sans me
faire prier !...
Les hôtels sont complets, pas moyen de se loger, et avec ça, la pluie !..
Je me hasarde de nouveau, on me répond : peut-être ? ...tout en me demandant ma nationalité !...
Sur ma réponse «je suis Français», on me dédaigne et l’on me chasse comme un vaurien !
J’ai recours à un agent qui en accompagnait d’autres du même sort, et enfin je trouve à me loger, mais à deux ...
Chance ! c’est un bossu...
Je ne lui ai pas touché la bosse, mais je crois que ça me portera quand même bonheur !
Nous n’avons qu’une toute petite chambre, à deux lits, mais bien assez grande pour y dormir...
5 août.
A 7 heures , nous nous levons et portons nos pas vers le logis de le veille, là nous prenons notre
café, après quoi je vais me faire racler la figure, tout en prenant des renseignements au sujet du départ des trains pour Zurich.
Je pars à 10 heures, me séparant ainsi du groupe.
Dés mon arrivée, je me rend à l’adresse de ces deux demoiselles, compagnes de voyage et
témoins de mes aventures, mais déveine : elles ne sont plus là...
Je retourne tout déconfit, mais ne voulant pas trop me peiner à ce sujet, je trouve le courage de
prendre mon déjeuner que j’ai apprécié étant donné la faim qui me tourmentait ...
Ayant souci au sujet de ma malle, je vais à la consigne et inspecte tous les bagages, mais rien...
Je ne désespère point ! Je prends mon billet pour Genève.
On arrive à Berne, où j’avais annoncé «mein einkumf» à ces demoiselles et où je manque ma
communication 34.
Vers 5 heures, je vois Mlle. Louise et sa mama qui attendaient, je me présente et obtiens de cette
dernière l’autorisation d’accompagner sa fille .
Nous nous promenons en attendant Mlle.Berthe qui ne sait rien de mon arrivée.
Pourtant il pleut...Alors on va prendre un bon thé, qui nous remet en place...
A 7 heures 18, arrive enfin «l’attendue», qui n’avait pas l’air d’être mécontente de me revoir.
Et tout en leur racontant ma douce captivité, nous rentrons au restaurant «Schmeizerhof»
où nous faisons un dîner d’adieu...
Ensuite, elles me prient de les accompagner jusqu’à leur demeure, mais , malgré la pluie,
elles me cherchent d’abord une chambre où j’espère passer une bonne nuit.
6 août.
C’est à 8 heures que ces demoiselles viennent me prendre dans mes appartements et me
conduisent aux leurs...
Je suis de nouveau présenté à Mr. ZUTTER, après quoi je suis invité à prendre place pour le
déjeuner, lequel fut assez animé...
La pluie ne cesse de tomber ...nous sommes obligés d’attendre pour avoir une correspondance
pour Berne...
Enfin après une heure, nous nous décidons à mettre les voiles ...en arrivant à Berne, nous nous
rendons au buffet et absorbons une bonne consommation, mais sans trop échanger de paroles ...
Puis, nous visitons la ville, nous faisons le tour des bâtiments de l’Exposition, qui est fermée.
Nous prenons un thé (mauvais service !)...
Nous retournons à la gare et après quelques minutes d’attente ...nous nous séparons !
Je comprends qu’elle n’est pas tout à fait indifférente car les larmes lui pointillent aux yeux...
A Genève, je suis obligé d’attendre la prochaine correspondance pour la France.
Et, je dois passer la nuit dans la dite ville !
Je fais viser mon livret à 11 ½ du soir au Consulat.
J’envoie une lettre à Mlle. Berthe, qui pour sûr ne sera pas contente de me savoir de nouveau
dans une pauvre situation !
7 août.
Je me lève à 9 heures, et me rends directement à la gare pour connaître l’horaire du prochain
train pour la France..
On me dit simplement « nous croyons qu’il y en a un à 14 H 13 ?... »
Je déjeune copieusement à l’hôtel de la gare, et je décide de partir tout de suite...
Je demande s’il y a d’autres voyageurs qui prennent la même direction, et j’ai le plaisir
d’accompagner deux dames... tout ça en voiture, jusqu’à la frontière.
On nous demande nos papiers, et l’on nous laisse passer...
Ce n’est pas tout, il faut encore porter nos bagages jusqu’à la gare qui est à environ 20 minutes
de marche !...
Cette fois-ci c’est sur un camion que nous nous installons, j’étais debout sur une planche, faute
d’autre place !
Enfin, nous arrivons à la gare ...tandis que je me préparais à mettre les bagages en consigne,
je vois arriver un autre camion transportant quelques personnes et leurs bagages ...
j’ai la surprise de reconnaître FACCARO et sa femme qui avaient une figure toute bouleversée !
Ils descendent et tout heureux de me rencontrer, me serrent la main, me racontent leurs cruelles
aventures et me demandent comment s’est déroulé mon voyage ...
Ils venaient de Strasbourg où ils avaient eu à subir certaines visites plus ou moins poussées...
malgré leur neutralité, ils n’ont pu franchir les frontières...
Enfin, tout en causant nous allons prendre place au restaurant où nous absorbons notre premier
Pernod...depuis longtemps on n’en avait bu !
Pour manger, on nous donne du salami, pommes frites, fromage, vin rouge et café...
tout ça pour 3 F 50 !
Nous avons rouspété, gueulé, mais rien à faire...Enfin, nous payons...
Pour prendre les billets, une foule compacte se pressait sur les guichets, l’air nous manquait
pour respirer !
Avec mon livret je n’ai eu qu’à passer, j’ai donc réservé les places pour les autres...
A la frontière, la douane ne nous guère ennuyé !
Nous arrivons après un temps plus que long à Ambérieu, où nous changeons de train...
On repart et l’arrivée à Lyon se fait à 10 heures ½ du soir ...
On nous dit avoir un train en direction de Marseille vers 12 heures 50.
En attendant, nous prenons quelques bocks... puis nous prenons place sur le quai indiquant la
direction de Marseille, nous avons cru un moment voir notre train s’approcher...nous avons attendu...même plus qu’il ne fallait !
et après avoir passé la nuit au bleu... nous prenons notre café pour nous faire courage.
Deux hommes d’affaires Suisses, qui attendaient leurs associés revenant de Paris ont fini par se
décourager ...
Quant à nous, nous conversons sur les péripéties de notre voyage ...et, finalement notre train
s’immobilise devant nous ! C’est sans nous le faire dire que nous nous y introduisons...
Il faut reconnaître malgré tout, que le trajet de Genève à Lyon a été très agréable grâce à la
compagnie de gens sympathiques, réservistes et autres voyageurs...
Il y avait notamment un type venant de Saint Gervais qui se rendait je ne sais plus exactement où,
(en direction de Paris) ...à toutes les gares il se renseignait pour son train !...
Il avait un air naïf, mais il doutait de tout !...En tous cas, il nous a régalé de son repas...beaucoup
en ont profité !...
8 août.
Après avoir quitté Lyon, le train reprend sa marche lente pour faire place aux trains militaires,
chargés de soldats tout joyeux, qui se dirigent vers le champ de bataille.
Je fus frappé par tant d’entrain, quel contraste avec ceux de l’autre côté du Rhin !...
A chaque gare l’on voyait des bonnes femmes distribuant vivres et boissons aux soldats...
Quant à nous, à toutes les gares nous avons essayé de trouver de quoi manger ou boire, mais
impossible !
Voyant que nous n’y pouvions rien , nous nous sommes résignés à dormir, et ce faisant nous
arrivons à Toulon vers les 11 heures ½ du soir.
9 août.
...Nous repartons à 1 heure (du matin)...et roupillons jusqu’à 5 heures, moment qui s’approche
pour moi...
On aperçoit des campements de soldats ...
Chemin faisant, je rencontre le 111 qui part pour l’Est...Pourrais-je encore le rejoindre ?
Je prend congé de TACCARO et de son épouse qui m’encouragent.
A peine arrivé dans le hall de la gare, alors que j’étais sur le point de déposer mes bagages à la
consigne, une sentinelle vient me demander si j’étais réserviste...sur ma réponse il me fait accompagner à la caserne ...
Là, on me questionne sur mon retard, je leur raconte brièvement mes aventures et ils
m’affectent au dépôt de la 25 Cie.
On m’y conduit et on me dirige à mon escouade (16°) et à mon cantonnement.
Je n’étais pas du tout content, et, plein d’impatience, je demande à parler au capitaine, on me
présente à lui :
«Je viens d’arriver et je désire partir de suite ! ».
Il ne comprit pas sur le moment, mais ensuite, il me félicitât...
Je voulais me faire habiller à seule fin de pouvoir rejoindre mon régiment qui devait partir dans
l’après-midi. Rien à faire, il trouvait que ça lui donnerait trop à faire !
Je me résigne donc.
A 9 heures, on nous conduit au magasin où l’on nous donne des loques...
Enfin, nous voilà habillés en militaires !... et, nos effets civils sous le bras nous retournons au
cantonnement pour le repas. J’avais à peine fini que tout vanné, je m’affale sur la paille et m’endors...
Après quelques heures de sommeil, je m’occupe de mes effets.
Un copain, qui est d’Antibes même, A... MUS, me propose de les garder chez lui.
Nous retournons à la caserne où se trouvent mes valises et nous les apportons à son domicile.
Il me présente à sa famille, et de bon coeur, on se propose pour m’offrir tout ce dont je pourrais
avoir besoin !
Et pour commencer, ils m’invitent à dîner.
Je mets donc mes effets en ordre, et avant l’heure du repas nous allons faire un tour .
Je rencontre FONDACCI, mon ex-sergent-major, tout étonné de me voir, il veut demander à me
faire entrer dans sa compagnie...
L’heure du repos est arrivée, et c’est sans me faire tirer l’oreille que je rentre au petit magasin
plein de paille qui nous sert de lit ou plutôt de chambre ... bien que pas trop agréable au départ, j’ai finalement bien dormi et passé une très bonne nuit...
10 août.
A 4 heures, réveil, Jus (de café ), Rassemblement ayant pour but de savoir le nombre des
nouvelles arrivées ...
à 8 heures, on déménage, on nous emmène aux nouvelles Ecoles35, et là sous un hangar ouvert à tous les vents, nous nous installons. On ne fait rien de la journée ...
11 août.
Réveil à 5 heures. On prend le café. Ensuite, on nous conduit à l’exercice, pas fatiguant, mais
assez rigolo, nous étions tous à demi vêtus, la plupart avaient mis un chapeau de paille...
A 10 heures, on nous ramène, on mange le «rata»...
Dans l’après-midi, habillement, on change nos effets, et la journée se passe...
12 août.
Pendant que j’étais à l’exercice, on me fait appeler pour m’annoncer qu’étant volontaire on allait
me passer au 311 ° de réserve pour en compléter l’effectif ...
Mais que de complications ! Personne ne pouvait me renseigner sur le lieu où se trouvait mon
régiment, ni où je devais me faire habiller.
Quant à mon indemnité de route !...on me renvoie d’un bureau à l’autre, jusque chez le Trésorier,
qui après m’avoir fait attendre un temps interminable, me dit que je devais faire une demande
spéciale au Ministre !...
Voyant qu’il n’y avait rien à faire, j’y renonce et me dirige vers mon nouveau cantonnement...
Là je trouve AUBERT, mon ex-cabot qui m’affecte à son escouade ( 3° ).
Je me fais habiller dans l’après-midi, vais faire un tour le soir.
Ici, nous avons un lit, il est bien dur, mais on dort quand même...
avant de nous coucher, nous préparons nos sacs.
13 août.
Réveil matinal, on nous présente le drapeau, on va à l’exercice, nous rentrons bien mouillés de
sueur ...
Ensuite, repos, puis théorie sur le dressage des tentes.
Le soir, je sors en ville, mais un commandant me renvoie car je n’avais pas la tenue
réglementaire, de colère je rentre et me couche...
14 août.
Dans la matinée, je coupe36 au tir (pour finir de m’habiller).
Dans l’après-midi, sieste.
Nous prenons la garde à 5 heures, Poste du génie, on me détache ainsi que trois hommes au
passage à niveau, pas dur, mais impossible de fermer les yeux ... à cause des moustiques et aussi de deux petits chats qui ont joué toute la nuit à côté de mon «pieu» (une couverture par terre et mon sac pour oreiller).
Dans la nuit, fausse alerte...Nous voyons l’artillerie qui se met en marche.
Quant à nous, étant de garde nous y avons coupé !
15 août.
Nous sommes relevés de poste à 4H30, étant de dernière faction, je ne me suis pas fait prier pour
quitter mon flingue, prendre mon sac et me la casser...En entrant au poste de police, je me suis couché et j’ai dormi jusqu’à 10 heures ½ ...Enfin à 5 heures ½ on nous relève, nous rentrons pour la soupe, ensuite je sors.
Je vais une visite à la famille MUS.
Ensuite, je vais acheter une paire de godillots, avant de rentrer je vais prendre un café,
je rencontre Mr.FONDACCI qui me dit avoir vu CREPIN (ex-caporal au III) venant de Constantinople, où je l’avais vu l’année dernière.
A 8 heures, je rentre me coucher, très peu roupillé...
16 août.
Réveil à 4 heures ½ ...on nous annonce...repos (cuisiniers ne voulant pas marcher).
Il pleut.
Nous attendons les évènements...dans la journée, on nous lit le code pénal...
Après la soupe, je sors avec Aubert, nous faisons quelques emplettes, prenons un café.
Nous rencontrons Crespin, ainsi que son frère versés au dépôt dès leur arrivée en attendant de
rentrer au 311...
Avant de nous quitter, nous prenons encore un bon café, quand nous nous décidons à rentrer
il commençait à pleuvoir, nous continuons malgré ça, et bien entendu nous attrapons tout !
17 août.
Une très mauvaise nuit, pas possible de dormir, un froid de chien et pas assez de paille !
Et avec ça, un rhume qui ne me laisse pas tranquille...
Réveil à 4 heures, partons pour l’exercice à 5 heures, direction le champ de manoeuvre37,
où l’on nous fait mouiller la chemise !...
Nous faisons la charge à la baïonnette ...très intéressant !
en attendant de la faire bientôt, mais sans imitation !...
Après tout ça, nous rentrons. Félicitations du capitaine.
Dans la soirée, je sors de nouveau avec Aubert, je rentre seul à 8 heures...
18 août.
Nuit très mal passée...Rhume...j’ai toussé toute la nuit38.
Vu le courant d’air, impossible de se réchauffer !
Réveil à 5 heures. Manoeuvre de bataillon jusqu’au sémaphore39.
Trois heures de marche et par quel clair de lune !
On nous annonce notre prochain départ, tout le monde est content.
On coupe ainsi à une revue de détail par le colonel...
En fin de journée, je suis allé faire mes adieux à la famille MUS. Ils me souhaitent bon retour.
Dans la soirée, tous se préoccupent des provisions de route, cela crée une grande animation dans
la chambrée !
Enfin, ils finissent par s’endormir !
19 août.
Avant dernière nuit à la Poterie, contre ordre pour le départ !...
Exercice au Fort Carré.
Dans la soirée, on va dîner à la Pâtisserie Wiener en compagnie du sergent et du caporal 40
20 août.
C’est à 3 heures qu’on nous éveille, et tout ça pour nous faire partir à 11 heures ½. !...
Je descends en corvée au grand arsenal ,j’en profite pour faire quelques provisions.
Nous revenons à 7 heures et trouvons les autres qui sont déjà rassemblés.
Tout en attendant, on mange un morceau.
Enfin, on quitte notre hôtel des courants d’air (La Poterie), pour nous rendre caserne H aux chasseurs.
On nous présente le drapeau et l’on nous fait défiler sur la gare.
Pour nous embarquer, ça a été plus que désordre ! Je ne pourrais en donner la raison...
Pour ne pas changer il pleut ( normal, je vais en voyage ).
Nous voilà dans le wagons aménagés 8 ou 36 - 40 et sans paille.
Là, on nous donne nos vivres, le pain est tassé dans un coin, les conserves dans l’autre...
Nous partons, pour où ? on n’en sait rien...
Tout ce que je peux dire c’est que nous nous dirigeons vers l’Est.
Presque dans toutes les gares, on nous acclame, on nous donne de tout, à Marseille on nous
donne du café, et là, nous mangeons encore un peu pour nous occuper,
et peut-être afin de prendre courage...
Très mauvaise nuit, qui passe sans que je puisse fermer les yeux, le train nous amène je ne sais
où, ce qui fait qu’au petit matin nous ne savons pas où nous sommes ...
21 août.
On roule de nouveau toute la journée croyant être bientôt rendus, mais rien n’en est ...
Nous arrivons à Lyon, où nous voyons les premiers blessés...à Chalons sur Saône on en trouve à
nouveau, un convoi...il y en avait même parterre !
attendant les soins des bonnes dames de la Croix Rouge, qui sont plus que dévouées !
Nous avons de nouveau de la pluie, ce qui refroidit la température.
Dans la soirée, on nous désigne de garde à l’arrière du train, soi-disant pour surveiller les
évolutions de quelques aéroplanes ...dont on doutait de la nationalité...
On nous a relevé à Is sur Tille où nous devions faire halte et même attendre les évènements.
Mais, on nous dit : il faut filer...et tout ce qui nous reste à faire...suivre la machine...
tout en mangeant ce qui nous reste de vivres.
On se remet en marche, on ne chante plus, on voit de nouveau des blessés... et des prisonniers...
Nous nous regardons et nous nous préparons pour essayer de roupiller,
mais vu le froid impossible de dormir...
Toute la nuit on entend ronfler ...et rouspéter...
tout le monde cherche ses commodités et ne peut y réussir.
22 août.
Enfin, le jour parait. Il fait toujours froid.
C’est par pure nécessité et grand besoin que l’on a ouvert les portes.
Il pleut de nouveau. On nous dit aller à Verdun. Mais nous nous arrêtons à Maizey .
Après quoi, 5 heures de marche, en guise d’entraînement.
Avant d’arriver au village, on nous fait faire une halte au milieu d’un pré.
En s’arrêtant, on s’endort !...Mais je ne puis en faire autant, j’écoute l’oreille basse le canon qui
gronde au loin.
Enfin nous rentrons dans le village...On n’y trouve plus rien, il y a eu tellement de soldats de
passage...et voire même, tout a été réquisitionné...pas moyen de trouver un poulet, ni huile, ni sel...
Enfin, malgré tout on nous distribue nos vivres, et nous finissons par manger quelque chose de
chaud...même café avec...
Nous nous couchons à 8 heures, on croyait avoir chaud, et nous nous étions mis à notre aise,
mais dans la nuit le froid nous saisit. Je me lève pour prendre un supplément de paille.
Nous avons très peu ou très mal dormi.
23 août.
Sans nous demander si la nuit a été bonne, on nous fait lever à 4 heures, et tout en vitesse on
monte le sac, et faisons chauffer notre café... à 5 heures, nous démarrons, nous passons par quelques petits villages, et par un pas accéléré entrons tout contents dans la ville de St.Mihiel,
où l’on va nous caserner dans les casernes des chasseurs.
On va nous donner un lit, mais nous n’aurons pas l’avantage de nous déshabiller...
Tout ça, en attendant que l’on nous fasse déguerpir...
Dans l’après-midi , on ne fait rien... sauf nettoyage...
Nous sortons dans la soirée de 6 à 8 heures, mais rien de bien intéressant dans cette ville de
St.Mihiel...Sauf, les habitants qui sont très avenants.
24 août
....Après une nuit bien passée grâce au bon matelas ...on nous fait lever à 4 heures...pour repartir
à 5 heures pour Apremont, qui se trouve à 8 kilomètres.
Arrivons à Apremont à 8 heures...chemin pas trop fatiguant.
On fait quelques pauses et ensuite une halte au beau milieu du village en attendant notre cantonnement...Un peloton est détaché sur un avant-poste à 10 kilomètres.
Quant à nous, nous sommes de garde. Tout ça dénote que nous ne sommes pas trop loin du
terrain où se déroulent les opérations.
Malgré tout notre souci, et le mauvais sang que nous nous faisons, nous nous soignons :
«Menu du Lunch. Potage. Ragout. Poulet sauté. Pommes. Fruits. Café et Cognac».
Il est évident que nous avons payé pour le tout...
Ce qui nous a ennuyé, c’est que nous étions de garde et que nous n’avons pas pu nous
déséquiper...
Quant au repas du soir, il n’a pas été aussi copieux, de toutes façons nous n’avions pas faim.
Nous étions en train de manger quand on vint nous annoncer que nous devions retrousser
chemin.
En dire la cause ? Je n’en ai qu’une simple idée : porter secours sur une autre position...
Nous quittons donc Apremont à 6 heures ½ du soir et rentrons à Saint Mihiel à 9 heures,
où l’on nous dit de nous tenir prêt pour partir à toute heure de la nuit.
25 août.
Comme l’on s’y attendait, on nous éveille à 12 heures41.
En tenue et en bas, nous prenons café sur les rangs, et en route...chemin très fatiguant !
Beaucoup sont restés en arrière. Malgré la fatigue et le sac, j’ai bien tenu le coup.
Arrivons à Chaillon à 5 heures du matin, ensuite repartons à 6 h. pour Creuë,
où en arrivant je lave mon linge et fais toilette.
A peine étais-je en tenue de repos...on nous annonce notre départ .
Nous voulions faire la soupe...mais inutile d’insister !
Donc, nous voilà de nouveau en route, sans rien dans le ventre...
La direction était bien celle de l’ennemi, puisque nous avons défait nos cartouches, et foulé aux
pieds tout ce qui restait de notre passage.
Un peu plus tard, nous avons pu piquer un somme, tout en attendant les ordres d’avancer ou de
reculer suivant le mouvement de l’ennemi. C’est même ce qui m’a fait mal, à cause du soleil !
Néanmoins , je fais mon possible et arrive au cantonnement avec les autres.
Mais dès mon arrivée ,je n’ai su ce que je faisais...je suis tombé d’inanition ...42
ce n’est pas mauvais comme mal, mais j’aurai préféré autre chose !
Après la visite du major, je rejoins mes camarades, pour avoir plus chaud,
car nous couchons dehors dans les feuilles que nous avons pu ça et là amasser.
Enfin le plus embêtant c’est que l’on ne peut plus rien trouver, pas même une seule boîte
d’allumettes, pas de vin ... oui... j’ai eu quelques oeufs frais... !
J’ai dit nous couchons, mais erreur ... à peine avions-nous mangé notre soupe, que tout à coup
une sentinelle tire deux coups de fusil !...
Il est à supposer que c’est pour ça que l’on nous donne ordre de quitter notre hutte et de regagner
notre première demeure du matin.
Quoique malade, et pouvant à peine me traîner, je me joins à mes camarades, qui ont pitié de
moi et portent mon sac à tour de rôle !
Après quelques temps de marche nous entrons au village, chemin faisant nous trouvons des
coloniaux qui couchent à la belle étoile, au bord de la route.
Nous avons l’air de les chiner, car nous allions coucher sur la paille.
En arrivant devant notre grenier, nous sommes tout penauds...c’est fermé, et même occupé par
les gendarmes ...et leurs chevaux !
Après quelques minutes d’attente, on nous amène à une autre grange, plus spacieuse,
et où j’ai eu le plaisir de dormir sur un édredon !
La nuit fût très bonne, (mais courte)...on nous annonce dans la nuit que nous pouvons dormir
jusqu’à 7 heures, nous étions contents...
mais comme toujours, on nous enlève encore le morceau de la bouche...
on nous fait lever à 2 heures !
26 août.
On nous rassemble devant notre appartement...et au moyen d’une lanterne on s’assure que tout le
monde est là.
On se sert de la même lanterne pour nous ouvrir la marche au milieu du village.
Quoique encore fatigué et pas tout à fait remis, je prends mon sac et je m’efforce de suivre ma
compagnie...
La route ne fût pas longue, car on nous conduit tout bonnement au même endroit où nous
devions passer la nuit.
Là, on nous fait faire une halte, et ensuite nous faisons le café.
A peine notre jus bu, on nous fait grimper une côte pour observer si l’ennemi ne vient pas...
Nous avons tellement peur que nous nous cachons dans les tranchées où nous chantons tout bas ,
puis, nous mangeons et fumons comme si de rien n’était !
Et nous en arrivons à nous demander si vraiment nous sommes en guerre ... ?
On ne peut qu’y penser en se voyant habillés en soldats, et en possession de ces jolies cartouches, qui bien que lourdes ne nous embarrassent pas trop.
Je suis en train de manger un morceau de lard et d’oignon...à 8 heures du matin...
...
Je pique un bon somme en attendant la soupe, que l’on est obligé de faire dans la plaine afin de
ne point attirer l’attention de l’ennemi sur nos tranchées .
Enfin la soupe arrive, nous mangeons de bon appétit...
Je fais de nouveau la sieste, mais cette fois à l’intérieur car il pleut, et même beaucoup ...
A peine éveillé, on m’annonce la soupe,on mange de nouveau, mais moins bien et de mauvaise
humeur, car il ne cesse de pleuvoir...
Vers les 7 heures, on nous donne ordre de rejoindre la compagnie, ce que nous faisons à grand
peine car après la pluie le terrain était tout à fait glissant, et je puis ajouter que j’ai ramassé une belle pelle !
Nous nous dirigeons vers Vigneulles, patelin d’environ 1000 habitants, là on nous fait attendre
environ 2 heures sous la pluie, dans la boue...etc...
pour attendre que nos «appartements» soient reconnus...
C’est dans une grange que l’on nous loge.
A peine arrivé, je me déséquipe et en compagnie d’un débrouillard «je me la casse»43 en
recherche de tabac et de vin...
Nous avons pu nous procurer 2 litres de vin, quelle joie !
car depuis quelques jours on n’y avait plus goûté.
Quant au tabac, plus rien, absolument plus rien...
Je me couche ...dans la paille pour changer.
27 août. Jeudi.
Réveil à la express et départ à la même vitesse, et...sans café !
Nous dirigeons nos pas sur nos emplacements de la veille, où nous arrivons non sans peine vers
les 6 heures...
On se met tout de suite au travail. C’est à dire, à faire notre café....à peine était-il prêt que la
déveine nous prend...on le renverse ! ...donc, nous attendons jusqu’à ce qu’on nous apporte encore de l’eau...qu’on est allé chercher au village.
Enfin, nous buvons notre jus, après quoi, nous nous occupons de notre déjeuner,
qui fût très copieux !
Puis, nous attendons que nos Teutons nous tombent dans les bras ...car nous les attendons,
nos positions sont imprenables, bien que la colline où nous sommes ne soit pas haute !...
Dans l’après-midi, je pique de nouveau un somme. Après lequel, soupe, assez copieux.
Nous attendons les ordres pour savoir si nous passons la nuit là ou ailleurs...
Nous étions en train de nous préparer, lorsqu’un jeune homme passe , il est de suite amené au
commandant en croyant que c’était un espion !
Ce n’était paraît-il qu’un habitant du village de Creuë... accompagné par le Sergot44,
il fût présenté au Maire qui l’ayant reconnu, le fit relâcher.
Nous recevons ordre de dormir à la belle étoile, nous nous couchons à 8 heures, après avoir
récupéré le peu de gerbes d’avoine qui se trouvaient encore sur le champ.
Nous en couvrons le sol et nous allongeons dessus.
J’ai voulu faire le fort et coucher tout à fait dehors, mais je n’y suis guère resté car il faisait
vraiment froid !
C’est là que j’ai commencé à croire que nous étions en guerre...
Expliquer tout ce qui s’est passé dans cette tranchée est difficile, rigolo et navrant à la fois...
Vendredi 28 août.
3 heure arrive, et dès que j’ai vu le jour, je me suis levé et j’ai fait mon possible pour faire du feu
au plus vite pour me chauffer et préparer le café...
Le déjeuner fût court, et tout de suite après je suis descendu au village de Creüe, car j’étais de
corvée d’eau.
Ce n’était pas tout à fait pour l’eau...mais pour le vin...
car depuis quelques temps on n’en voit même pas, ainsi que le tabac et tous autres comestibles...
Néanmoins, je me débrouille et trouve une piole où l’on nous vend du vin ( bien salé : 2 f)
Voire même une confiture ...
Au déjeuner, je bois un bon verre de vin.
Nous avions préparé un bon feu ,avec un bon repas en perspective, quand au bon moment,
on nous annonce notre départ !...
Nous quittons nos tranchées et filons aux environs de Vigneulles,
où nous arrivons en tirant la langue...
Nous avons traversé des champs d’avoine, des prairies, et même des vignes.
On nous fait tourner d’un côté, de l’autre, pour arriver au même endroit...
On entend quelques exclamations déplacées...
Les cuisiniers restent en route mais sous campement, ce qui fait que la soupe nous est arrivée à
1H1/2 .
J’avais plus que faim !
J’oubliais de dire que nous sommes sur les premières lignes...sans couverture45...
et nous « les » attendons à chaque instant.
On place des sentinelles. J’ai été des premiers.
Là, à nouveau j’ai cru46 47 que nous étions en guerre.
On se couche au bord des bois et le fusil à la main, nous attendons...Mais rien pour le moment.
Nous devons passer la nuit à la belle étoile...
On nous fait faire des tranchées afin d’arrêter la marche avant du Teuton...
Après la soupe, on est indécis, on nous dit devoir partir pour Verdun ...mais le hasard ne l’a pas
voulu.
Donc afin de protéger le gros, on replace les sentinelles.
Mon caporal est désigné pour le poste spécial, je suis volontaire pour l’accompagner.
Nous sommes placés à quelques centaines de mètres du poste de police.
C’est sous un arbre au bord d’un ruisseau à quelques mètres de la lisière du bois que nous devons
passer la nuit.
Nous n’avons que nos sacs comme coussins, ou du moins comme siège et nos fusils... comme
camarade.
Nous ne nous faisons pas du mauvais sang, et causons tranquillement jusqu’à 8 ou 9 heure,
moment où le plus grand silence doit régner afin de surprendre, de saisir le moindre bruit...
Mais rien, sauf les buissons agités par le vent qui souffle...qui vous donnent comme un frisson,
et vous font croire voir l’ennemi...
C’est à tour de rôle que nous assurons notre propre sécurité : baïonnette au canon nous restons
debout, planté comme un pieu, jusqu’à ce que les deux longues heures de faction soient terminées...
Après, on essaie de dormir... Malgré le froid, le vent et l’instinct de préservation on s’assoupit et
l’on dort quelques heures, nous confiant complètement à la surveillance de celui qui veille.
Samedi 29 août.
A 3 h. je quitte la faction et me repose encore quelques minutes, nous mangeons ensuite le repas
froid que nous avions, puis nous faisons une petite toilette dans une eau plutôt boueuse.
J’étais en train de me laver, quand tout à coup, on aperçoit un groupe d’hommes sortant du bois
d’où l’on attendait l’ennemi, mes camarades saisissent leurs armes et se mettent à l’abri.
Quant à moi, je finis de me laver, n’y croyant pas sur le moment...
Mais, après une courte hésitation, j’ai fait comme les autres, m’équipant à la hâte, je prends mon
fusil et me met à leur côté.
Tout ça nous avait un peu émotionné, nous avons cru pouvoir avoir le plaisir de dérouiller nos
armes...
Mais non, on dirait qu’ils ont peur de nous...
En fait, ce groupe n’était qu’une patrouille française que l’on ne pouvait distinguer à cause du
brouillard...
Nous regagnons notre section et en arrivant buvons notre café, qui n’était pas sucré...
( vu que c’est moi qui l’avait dans la gamelle !... : je sucre donc le mien ainsi que le leur .)
Je n’ai encore aucune nouvelle et je me demande ce que font mes parents,
ainsi que Berthe Zütter qui ne m’a plus donné signe de vie ?
A 9 h. nous mangeons la soupe, après quoi nous commençons à faire la sieste, à peine endormis,
on nous annonce que nous devons quitter le cantonnement.
C’est à 11 h. qu’on nous met en marche,nous traversons le village de Vigneulles, et prenons une
montée rapide, il fait une chaleur étouffante, ce qui nous fait mouiller la chemise.
Nous traversons le patelin de Hattonchâtel, où à la pose ,on me désigne au poste de police pour
faire avancer les trainards,mais un peu plus tard, comme il y en avait trop, on me prie ainsi que mon cabot de rejoindre mon rang.
Nous quittons donc ce poste et sans nous frapper48 marchons à notre aise, bien que faisant les
pauses réglementaires, nous gagnons du terrain sur notre compagnie.
On avançait par un soleil de plomb à une heure très pénible, et avec ça ,sans connaissance de la
destination, on nous disait toujours : « plus que quelques kilomètres, et nous y sommes »,
mais hélas, les kilomètres semblent se multiplier ,et le courage manque à beaucoup, et ceux qui
ne peuvent plus avancer sont nombreux.
C’était un spectacle navrant et amusant à la fois : tous les 20 ou 25 mètres on voyait sur chaque
côté de la route des groupes entiers, sortis du rang d’un commun accord, affalés dans les fossés, sur les talus, dans les prés...
Ceux qui vraiment n’en pouvaient plus étaient vivement soignés à l’eau nature.
Quant aux autres, ils suçaient le peu de liquide qui leur restait dans le bidon, voire même
mangeaient tranquillement un bout de pain...
On a continué comme ça pendant de longues heures...mon caporal et moi, marchions
tranquillement bien que la fatigue ait commencé à se faire sentir...
Vers la tombée de la nuit, on croyait faire une halte pour pouvoir faire notre popote...mais hélas !
...on ne se préoccupe guère de ça ...et toujours plus avant, nous traversons plusieurs patelins dont
les noms ne me reviennent pas.
Les habitants nous attendaient sur le seuil de leur porte avec des seaux d’eau, dans lesquels nous
trempons tous notre quart, tout en continuant de marcher.
Ce peu d’eau vous donne tout de suite de l’élan, mais pas pour longtemps, car elle occasionne
une belle transpiration !
En ce qui me concerne, je crois avoir évacué toute l’eau de mon corps, et j’espère ne plus
transpirer de six mois, si je m’en sors...
Pendant une pause un camarade me dit, tout essoufflé et épuisé :
« Si jamais une balle me touche, je crois qu’il ne sortira pas une goutte de sang ! »
Il est vrai que nous n’avions rien à manger, dans toute la compagnie on n’aurait pu trouver un
pain entier...
Tout le monde vidait les miettes de pain qui se trouvaient dans les musettes...
Le temps passe, je ne suis plus si gai... j’ai des douleurs aux jambes et aux côtes.
Je me porte péniblement dans les rangs de ma compagnie que nous venons de rejoindre.
A chaque village, on se croit arrivé au but de notre marche, mais non ! encore 9 kms, après quoi
on nous annonce encore 4 ou 5 kms, et ainsi de suite...
Finalement nous arrivons à Dieue49 vers les 9 heures du soir, et toujours rien dans le « coco ».
J’avais faim, comme les autres, et dès que l’on nous a eu donné notre chambre à « l’hôtel du
Grenier », je me suis débrouillé pour trouver un bout de pain, du lard, de la confiture et du café,
tout ça en compagnie du cabot et d’un copain.
Après avoir absorbé quelques litres d’eau, nous rentrons nous coucher, vers les 11 heures.
Dimanche 30août.
A 3 heures, réveil traditionnel : « Debout ! Dépêchez-vous, on part dans dix minutes ! »
Ces dix minutes furent longues...On aurait pu prendre tranquillement notre café, et autre chose...
...(suite)
serai très bref, les obus tombent autour de nous...
Donc, le 30 sans trop forcer prenons la direction Verdun, et filons sur les forts environnants et
ensuite sur les collines pour attendre l’ennemi.
Nous n’avions rien mangé depuis la veille, et sans fin continuons notre route...
Je m’arrête pour la première fois.
Après avoir rejoint ma compagnie, faisons café.
Ensuite, on repart, et toujours sans manger.
Arrivons au but. Touchons vivres à 10 h. et me couche à 12 h.50
31.Lundi.
Réveil à 3 h. On se rend au village voisin (sans nom)...faisons popote...
A 3 h. on repart, et prenons position sur une colline, où l’ennemi était déjà passé...
De nouveau, nous n’avons rien à manger, et prenons pommes de terre et petits vivres...
(Inutile tout dire...)
A peine étions-nous couchés dans les feuillages que l’on nous fait lever, mettre en prêt à
marcher...
Mais ce n’était rien ...51
Un froid de chien nous a complètement empêchés de dormir.
Touchons vivres à 10 h.
Deux hommes de l’escouade se perdent avec leurs vivres, et en jettent la moitié...
Ils arrivent à 4 h. du matin, heure où nous partions.
1er septembre.mardi.1914.
Aujourd’hui pour la première fois, je commence à croire que nous sommes en guerre52,
nous partons avec l’idée de voir l’ennemi, on nous redonne des cartouches, et en route par monts
et vallées, au travers des blés et prairies .
Je me permet de signaler ici, que tout marche mal.53
Nous prenons une ferme à l’assaut, il n’y avait que 50 bons hommes...
Nous fouillons la ferme.
A peine étions-nous en mouvement pour nous rendre dans les bois que l’on essuie une salve.
Après quoi, commence le canon.
C’est terrible ! Comment en donner une idée ?
D’abord une détonation et ensuite au milieu d’une fumée intense, une pluie de balles, cailloux et
éclats d’obus...
Heureusement que le terrain était encore mou, l’obus s’enfonçait beaucoup trop et grâce à Dieu
m’en suis tiré !
Jamais n’ai vu une telle Entente vers le soir.
Pour la deuxième fois l’ennemi nous a repairé, et nous accompagne de son feu d’artillerie et d’infanterie, nous nous portons sur notre droite, mais ils nous suivaient avec acharnement, et nous sommes obligés vu leurs positions de nous retirer à 150 mètres du bois afin d’être à couvert.
Il n’y a que quelques blessés, et à l’heure actuelle (6h1/2 ),nous sommes sur une route en train de
manger un morceau de pain avec de l’aïl, au son du canon.
Attendons les ordres pour la nuit.
J’oubliais de dire que pendant le tir de l’infanterie ennemie, malgré le bruit des balles ,je me suis
endormi, harassé de fatigue...
Pour la nuit, on nous annonce que nous devons garder la ferme que nous avons occupée le matin.
Nous nous mettions en devoir d’accomplir cette mission, quand tout à coup ,plusieurs
détonations se firent entendre, c’était à nouveau le canon qui doutant de notre position, cherchait à nous en déloger.
Ils n’éclataient pas loin de notre groupe ( « j’ai eu peur »). La nuit était déjà bien noire.
Nous recevons de je ne sais où, un soi-disant ordre de «Evacuez»...
C’était faux, on nous fit bel et bien accomplir notre besogne en plaçant de petits groupes et des
sentinelles tout aux alentours des bois.
Je prends la faction de 1 à 3 heures du matin, par un froid qui me faisait claquer les dents et
fléchir les genoux.
Le reste de la nuit, je l’ai passé affalé sur la paille qui la veille servit de litière à nos ennemis ...
(mais ceci est un détail sur lequel je me suis endormi )
En résumé, notre journée fut plus que surmenée...
2 septembre.mercredi.
Je m’éveille vivant à 4 h. et au signal donné, nous nous formons à nouveau en colonne pour
destination inconnue, mais rétrogradante...
C’est par le plus grand ordre et grand silence que nous nous replions, croyant ne pouvoir faire
face à l’ennemi dans la journée, vu notre position et leur artillerie.
Chemin faisant, je reconnais que nous filons sur Verdun.
Nous traversons plusieurs villages qui ont l’air tristes et vides, car les obus ont fait leurs
ravages...
Toutes les portes et fenêtres sont grand’ouvertes, dénotant un abandon précipité des habitants.
On voit ça et là pourceaux et volailles, et même des bêtes à cornes.
Enfin à 9 h du matin, nous arrivons à Bras (« et à patte »54), où nous faisons une halte.
Là, j’ai vu à peu près 20 mille hommes de troupe venant du même champ de bataille, leurs pertes
étaient plus considérables que les nôtres.
En arrivant nous nous mîmes à l’oeuvre : faire notre popote.
Pour nous rattraper de notre jeûne forcé, ainsi qu’en prévision du prochain, nous avons eu une
bonne dinde et un coq pour notre repas.
Nous gardons notre vivre du jour pour plus tard.
A 21/2, nous quittons le village, craignant une salve d’artillerie qui doit nous chercher au moyen
de ses aéroplanes.
Pour hier, tués et blessés pour tout l’effectif engagé : 47 tués, 378 blessés.
Enfin, à 5 h. on nous embarque sur des wagons découverts, nous descendons à Bannoncourt 55
vers les 9h.
Ensuite, prenons notre direction à pied jusqu’à Lamorville, tout en faisant quelques haltes,
d’ailleurs bien gagnées car à chacune de ces poses je m’assoupis et ne marche que plus difficilement après.
Arrivons au dit village à 12 h. et me couche dans le premier grenier venu, sans me soucier où je
suis ni où se trouvent mes copains.
3 Jeudi.
Après un repos bien gagné et un bon sommeil, on nous éveille à 4 h.,
prenons notre jus traditionnel et attendons.
A 8 h., nous partons. Direction inconnue.
Nous maugréons de voir que le sac était plus lourd que l’avant-veille,
mais c’est surtout parce qu’on y prêtait plus attention.
Traversons Chaillon et arrivons à Heudicourt vers les 11 h.
Nous nous mettons en devoir de chercher de quoi manger. Trouves deux lapins et même des
pâtes.
Faisons un bon repas.
Dans l’après-midi, faisons un peu de toilette.
Le soir, nous nous couchons de bonne heure.
Ici, la vie est un peu plus calme, quoique plein de troupes de différentes armes.
4.Vendredi.
Nuit excellente.
Nous croyions rester à Heudicourt qq. jours, mais à 8 h. on nous prie d’évacuer le dit village,
nous nous dirigeons sur Savonnières à q.q. Km.
Le chemin fût plus qu’agréable, dans l’ombre, une petite allée, pas trop de montée...
Malgré çà la chaleur finit par se faire sentir ... et de mouiller la chemise...
5.Samedi.
Nous nous acheminons sur St.Mihiel, où l’on reste q.q. minutes, me procure vin.
A midi, de nouveau bon repas : oie et lapin.
Nous nous couchons à « l’hôtel de la Remise» à Brasseitte.
6.Dimanche.
Quittons ce village à 3 h. du matin.
Alerte, nous traversons 5 ou 6 villages, et après une marche interminable, nous nous déployons
par sections sur la ligne de feu, qui est encore loin.
C’est par un soleil de plomb que nous attendons les ordres, couchés dans un pré et vannés de
notre longue étape, environ 30 Km.
Chemin faisant, nous avons rencontré de bons villageois qui déménageaient, pour fuir devant
l’ennemi, on leur envoie un bon mot, ils nous sourient un peu...
Vers 5 h on nous met de nouveau en formation de combat au-dessus d’un village, Longchamps.
Les canons tonnaient de part et d’autre, notre artillerie56 visait la leur qui fit simulacre de se
replier...
Après ¾ h. d’attente voilà les obus qui nous pleuvent dessus, avec çà les nôtres qui passaient au-dessus de nos têtes dans un bruit effrayant...
Ici, pour la première fois, nous tirons sur un aéro qui nous filait depuis longtemps et qui
assurément avait du dévoiler notre marche.
Heureusement, la nuit fit faire silence et nous nous mettons à l’abri aux abords du village.
Et chacun de se grouper l’un près de l’autre afin de se partager le froid !
7 Lundi.
La nuit fut très froide.
On nous éveille à 3 h. du matin et après avoir fait notre café (qui par erreur, fut salé au lieu de
sucré), on nous distribue notre viande et pain, et nous nous mettons de nouveau en route.
Le canon tonnait depuis longtemps déjà lorsque nous nous sommes mis sur la ligne de feu...
puis, couverts par la coloniale, nous reprenons une position opposée à la 1ère indiquée,
bien que ces positions soient proches, ce fût mauvais, car à chaque pas une balle vous sifflait à
l’oreille, les obus pleuvaient et malgré ça, il fallait suivre !
Plusieurs amis furent blessés de bonne heure.
Quant à nous, par un chemin plein de broussailles nous gagnons une côte où nous sommes tout à
fait à découvert, prêts à nous porter au secours de camarades.
Longues et anxieuses furent les heures passées au soleil, sur des cailloux, n’ayant pour coup
d’oeil que notre sac placé devant nous, pour nous garantir d’une balle perdue ou d’un éclat d’obus.
A un moment donné, nous avons été complètement abasourdis par la détonation si proche.
Malgré ça, nous tenons bon jusqu’au moment où l’on nous prie de nous retirer, car il faut le dire,
nous ne pouvions faire face à notre adversaire qui était pour nous comme invisible !
Je puis même ajouter que nos pertes furent assez considérables...
Quoique dans mon régiment nous n’ayons à déplorer que q.q disparus.
Pour nous replier, nous fûmes obligés de traverser une rivière57, et c’est sans nous faire prier que nous nous mettons à l’eau.
Notre soi-disant retraite fût accompagnée d’un millier de coups de canon, lesquels grâce à Dieu
n’atteignirent personne !
C’est au-delà des montagnes que nous nous mettons à couvert, ensuite nous gagnons la vallée
d’où nous pouvions voir tout au loin les villages en flammes.
Nous couchons sur la dure, pour ne pas changer, à minuit on nous change de place, craignant
d’avoir été aperçus...
8 septembre. Mardi.
Jusqu’au dernier moment, nous avons cru qu’ils nous feraient cantonner q.q. part, mais illusion...
C’est avec le Général en tête que nous reprenons le chemin de la veille...
A peine avons nous fait q.q. pas en terrain découvert qu’une pluie d’obus nous accueille, et l’on
voit tomber nos premiers blessés ...
On n’entendait que cris de tous côtés, mais l’ordre fût vite rétabli et c’est d’une manière grave
que nous traversons les forêts où nous sommes un petit peu à couvert.
Notre artillerie fait des siennes, quant à la leur elle ne cesse de tirer !58
Nous nous arrêtons à q.q. 100 mètres de la lisière du bois, et après q.q. instants de repos, voilà
que nous sommes de nouveau repérés...
Nous ne bougeons pas ,et à chaque projectile qui nous effleure nous croyons notre dernier
moment arrivé ...59
Non, jusqu’à ce jour !
Quoique nos privations et souffrances soient à mentionner, nous nous en sommes tirés à bon
compte...
J’écrivais ces lignes, mes camarades échangeaient quelques bonnes paroles, quand tout à coup 6
détonations consécutives se firent entendre !
C’était de nouveau notre ennemi, qui ayant aperçu un convoi sur la route opposée, lui barrait le
chemin par un tir répété.
Mais le tir était je crois, un peu court et faillit nous atteindre !
Enfin, on nous donne ordre d’évacuer le bois, et un par un, accompagnés d’un nouveau tir
d’obus 60 , nous courrons à qui mieux-mieux pour nous abriter au village prochain, où l’on nous fait faire notre café.
J’aime à croire que notre adversaire ne viendra point s’y opposer !
...Il nous laisse tranquille, bien qu’il ne cesse de bombarder le bois qui faillit nous servir de
tombeau dans la matinée !...
Comme repas du soir, nous avons eu un peu de soupe et du pain...
bien contents d’avoir encore pu manger,
car peu avant, l’aéroplane nous avait dénoncé et en q.q. minutes c’était fait...
de nouveau une pluie d’obus nous donne le bonsoir, sans nous toucher !
Nous nous couchons vers les 8 h. et à peine étions-nous endormis que l’on vient nous annoncer
de nous dépêcher à dormir 61!...
car à minuit on doit partir pour une reconnaissance...Donc, on dort !
9 Septembre. Mercredi.
A minuit, nous partons donc accomplir notre mission, qui était de se rendre compte si le village
Amblincourt était occupé par l’ennemi !
Je suis détaché en compagnie d’un sergent et 4 hommes en patrouille devançant les autres
d’environ 400 mètres.
C’est par bonds et en rampant que nous nous portons en avant ,et jusqu’à la colline qui domine le
village.
Et l’on ne pouvait seulement voir que flammes après l’incendie de la veille...
Je peux dire à regret que le retour fût fait en désordre, manque de sang-froid...
Nos sentinelles nous arrêtent et même ont fait feu sur nous, blessant notre cher regretté Lieutenant Velli, qui fût atteint au mollet.
Le Capitaine fût aussi blessé dans le dos, par un éclat d’obus, mais rien de grave.
De retour de cette petite expédition, on fait le café, et après ça, on nous désigne en corvée
régulière pour creuser une tombe à nos regrettés camarades morts dans la matinée, ou la
veille,très navrant...
Les aéroplanes nous épient sans cesse, et nous donnent un vrai travail pour nous cacher.
A 9 h. notre tranquillité fût interrompue...de nouveau les obus nous saluent, en avant, en arrière
de nos tranchées...et même sur notre gauche où se trouvait le petit village de Séraucourt.
Une salve de 45 obus vint s’y abattre, le mettant en ruines et blessant q.q. Hommes...
dont je fais partie...
(éclat d’obus genou gauche)...62
Notes et souvenirs.
Clariond Joseph.
Classe 1908.
Soldat de 1ère classe . N° Matricule :0.3431
311° Régiment d’Infanterie / 4e.Cie/
à faire suivre en cas d’accident. (suivent des adresses.)
signature.
Joseph Clariond à Mallemoisson par Digne(B-A)
Parents au dit endroit.
Mallemoisson (Basses-Alpes)
Suivent des adresses :
13. MAUCHAS ou MARECHAL63
Menuisier ou Meunier
à La Chapelle aux Chasses par Chevagne (Allier)
Chez Mr.Antoine MUS
16 rue du Révély.ANTIBES.
se trouvent : Effets civils.2 valises avec argent autrichien et bijoux.
A faire expédier chez moi.
Donner nouvelles à :
Mlle. ZÜTTER Berthe
408 Binjaminstrasse
BÜMPLIZ par BERNE (SUISSE)
Prière de tenir compte de ces quelques lignes. Signature.
1 Cet établissement devait se trouver sur les Champs Elysées.
2 Trois mots sont raturés et illisibles, peut-être : « n’étant pas tout seul »
3 Le : ? est dans le texte original.
Chef de rang au Ciro’s du 03/11/13 au 25/02/14 :
« Satisfaction dans ses services» Directeur : RIMBAUD.
4 Souligné dans le manuscrit.
5 Buisson :comme c’est étrange !...
6 S’agit-il du nom d’un cinéma ? C’est le mot allemand pour cinéma .
7 Je crois avoir trouvé où tu logeais :
412 rue St.Honoré.8°,dans le quartier de l’église de la Madeleine...
8 Ici, deux lignes sont raturées ... complètement illisibles.
9 certainement : à un ami de Monte-Carlo
10 De quoi peut-il s’agir ? Il n’y a pas de courrier le dimanche !...
11 Est-ce l’avenue de Messine dans le 8° ? Il devait y avoir le commissariat de police du 8°
arrondissement.
12 Difficile à lire...Auteuil devait avoir une Gendarmerie en 1914. ?
13 Chef de Rang à l’Hôtel BRISTOL de VIENNE, du 12/09/12 au 14/01/13.Directeur : WOLF
Chef de Rang à l’Hôtel RITZ de BUDAPEST, du 15/01/13 au 12/06/13.Directeur : HEIN
J’ai retrouvé trace des attestations de bons services et de bonne conduite,
délivrés par ces établissements quittés de plein gré, libre de tout engagement.
14 Schlachtferd-journée : Journée de repos ?
15Gasltude : Restaurant ?
16 Dansé ?
17 Gnandstein ?
18 Maison close ?...
19 Pourquoi cette allusion à Godefroy de Bouillon ?
Duc de Lorraine né à Baisy, (1061-1100),
Chef de la 1ere croisade, élu roi de Jérusalem et qui prit le titre
d’ « avoué du Saint-Sépulcre »
20 Tenir compagnie, faire la conversation.
21 A quoi correspond ce code ?...
22 Pourquoi avoir modifié l’expression « sur les chapeaux de roues » ?
23 Traduction : Elle était plus que novice dans ce genre de relation
24 Traduction :
25 Frère aîné, brigadier-chef dans la police monégasque.
26 Traduction : Lettre de Louise, plus que contente
27 Je lis (sous toutes réserves) : A cocth ...acolyte ?
28 traduction : Je prends les lettres que j’ai rendues à Monsieur Clar
29 impossible de lire,est-ce de l’allemand ?
30 traduction : Amoureux
31 Independance Day
32 Pétition ?
33 traduction : De quelle nationalité êtes-vous ?
34 communication : correspondance
35 Probablement l’école Ferres...
36 J’échappe
37 Le champ de manoeuvre se trouvait ,parait-il, à l’emplacement du Bd.Albert 1er.
38 Tu as transpiré lors des exercices ,Papa, et tu ne t’es pas couvert après !
39 Situé à côté du phare du cap d’Antibes.
40 Suivent ce passage, quelques lignes au sens abscons ,textuellement : Mot de la fin. S’il y a qq.
chose qui vous gêne ,je peux vous en débarrasser « Guillaume ».Impossible pour le moment.
Personne ne peut dormir. Excités...
41 Minuit.
42 Malaise certainement provoqué par l’insolation
43 Je m’en vais
44 Sergent ?
45 A prendre dans les deux sens : literie et artillerie
46 Semblable difficulté : « Nous savons bien que nous mourrons, mais nous ne le croyons pas » (Bourget).
47 Croire est à interpréter dans le sens de : sentir, éprouver comme vrai, prendre conscience.
48 Frapper dans le sens de s’offusquer
49 La marche du 29 août a donc duré 12 heures,de Vigneulles à Dieue,il y a environ 25 kms à
vol d’oiseau !
50 Ici, une annotation entre parenthèses : à compléter.
51 Fausse alerte, probablement ?
52 Erreur...papa, c’est le troisième fois !
53 Plusieurs mots raturés ,on peut lire : « mouvements et ordres mal... »
54 Je suis content de voir que tu es encore d’humeur à plaisanter
55 Vous êtes revenu à votre point de départ !...Toute ces interminables marches à pied !
56 Tiens ! on en avait une ...
57 probablement : l’Aire
58 Déjà !,la meilleure qualité de la production allemande !...
59 Papa, j’ai vraiment l’impression, d’assister à une partie de chasse dans laquelle, on ,vous fait
jouer le mauvais rôle ! Et ce « on » ,je le cite : les hauts responsables Français du ministère de la
guerre, incapables de préparer ce conflit, ignorants probablement quel est l’armement et
l’équipement de l’adversaire ...coupables d’avoir envoyé à la boucherie la jeunesse rurale de
notre France !
60 Vraisemblablement, vous étiez repérés...le tir n’était pas un peu court, il vous était destiné !
61 Je le crois parce que tu me le dis. Mais cela s’appelle une çonnerie sans cédille !...
62 J’ai retrouvé une citation à l’Ordre du Régiment datée du 8 mai 1916 signée par le
Lieutenant-Colonel MANGEMATIN, Commandant le 311° Régiment d’Infanterie.
« soldat très dévoué et très brave, a été bl
CREATOR
Clariond Joseph Adrien
DATE
1914-08 - 1914-09-09
LANGUAGE
fra
ITEMS
19
INSTITUTION
Europeana 1914-1918
PROGRESS
METADATA
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Henri Chénieux, né en 1890 à Balledent (Haute-Vienne), frère de Léon, est mobilisé le 3 août 1914 et envoyé aux armées le 23 septembre 1914. Il appartient au 20e Régiment de Dragons (20e RD), régiment de cavalerie, stationné à Limoges et recrutant en majorité des hommes venus du grand Centre, soit, le Limousin, la Charente et la Dordogne. Ce régiment a notamment participé aux combats de la Mortagne, d'Artois, d'Alsace, des monts de Flandres, à la bataille de l'Ourcq. Henri a combattu notamment à Montmirail dans la Marne en 1915. Evacué malade le 16 janvier 1918, il réintègre l'armée le 30 janvier et est démobilisé le 7 août 1919. Henri a reçu une citation pour avoir sauvé un gradé. || Deux photographies le représentant, l'une à cheval, l'autre en groupe.
La vie de la famille Derelle lorsque le père est soldat
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Le 3 août 1914, à la fin d'une belle journée ensoleillée, tombe la nouvelle que tout le monde redoutait : l'Allemagne déclare la guerre à la France. Dans l'église, le tocsin retentit pour annoncer la terrible nouvelle. Dans les rues de nos cités, les groupes se forment, les discussions s'animent. Ce même jour, ordre est donné aux étrangers de quitter le territoire français. De nombreuses familles, essentiellement italiennes vont quitter la région en direction de Verdun, d'où elles pourront rejoindre leur pays d'origine. Piennes, à moins de vingt kilomètres de la frontière issue du Traité de Francfort du 10 mai 1871 et à une quarantaine de kilomètres du futur front de Verdun en 1916, ne sera pas épargnée une seule journée pendant les quatre années que durera le conflit. L'invasion Dès le mercredi 5 août, les chasseurs à cheval du 10e régiment se heurtent aux Uhlans de l'armée du Kronprinz, sur la route de Piennes à Norroy-le-Sec. Un chasseur est tué, un autre est blessé. Le dimanche 9 août, le commandement de la 3e armée rapporte au Grand Quartier Général des faits alarmants : les mines de Piennes auraient été détruites par les Allemands qui se livrent à toutes sortes d'excès dans la région. Déjà de nombreux piennois fuient devant l'envahisseur. Un arrêté daté du 9 août fixe des lignes de conduite aux habitants qui sont restés : out habitant possesseur d'armes est invité à les détruire immédiatement. Tout individu rencontré dans les rues par la police municipale sera visité : s'il est porteur d'une arme, il sera immédiatement arrêté et remis aux autorités militaires. La population est invitée au plus grand calme ; tout attroupement dans la rue est interdit ; la circulation des enfants est également interdite, sauf pour les provisions. Toute personne trouvée pillant les habitations ou les jardins ne lui appartenant pas sera immédiatement arrêtée. Le 16 août les Allemands prétendent que les cheminées de la mine du Nord-est servent à faire des signaux pour alerter nos troupes. Ils ordonnent l'arrêt de la chaufferie, les pompes destinées à l'exhaure ne fonctionnant plus, la mine est entièrement noyée. Piennes fut l'une des trois exploitations du bassin à rester noyée pendant toute la guerre. La mine est de toute façon abandonnée par la plus grande partie du personnel mobilisé. Installée d'emblée dans la guerre, la population de Piennes attend avec anxiété la suite des événements. Le 21 août, les Allemands ont poussé une pointe jusqu'à Landres et ont saccagé la gare. Dès l'aube, le 94e régiment d'Infanterie se porte vers Joudreville, Piennes et Domprix ; il reçoit le baptême du feu en abordant la voie ferrée qui va de Piennes à Bouligny : des chasseurs cyclistes allemands, cachés dans une rame de wagons, lui font subir quelques pertes. Le massacre des civils Ce même 21 août, Audun le Roman est incendié après 17 jours d'occupation, de réquisitions et de vexations. Les troupes stationnées à Audun étaient parties la nuit du 20 en direction de Piennes et elles refluaient en pleine débandade. Vers 18 heures elles simulent des attaques dans le haut du village et dépose des morts pour faire croire à une attaque de partisans. C'est le signal du carnage, une partie du village est incendiée et une dizaine de civils fusillés. Le matin du 22 beaucoup d'habitants s'échappent en direction de Malavillers et Murville. Vers 8 heures, les Français arrivent, la bataille fait rage et finalement les Français reculent sur Murville. Audun est à nouveau livré à la fureur des allemands, une dizaine de civils sont encore tués. Le 22 août, le village de Landres est presque totalement détruit et cinq hommes étrangers à la commune sont fusillés dont un cultivateur de Piennes. Ce même jour, Murville est incendié, une bonne partie de la population s'enfuit. François Joseph Boursier envoie sa femme Marie Félicie Derelle et ses enfants, dont Félicien âgé de 17 ans, chez sa belle-sœur Glossinde Derelle à Joudreville. Il restera sur place pour veiller sur ce qui reste de la maison. Narcysse Chary, cantonnier de 40 ans, autre beau-frère de Glossinde, part également vers Joudreville avec sa femme Irma Marguerite Derelle et les enfants. Ce même jour, à l'endroit où la route de Landres à Piennes franchit la voie ferrée Audun-Baroncourt, le 2e escadron du 12e régiment de chasseur à cheval accroche une colonne de cavalerie allemande. L'abordage se produit, forcené et brutal, dans des champs d'avoine à côté du pont. La mêlée est sanglante et cause de lourdes pertes de part et d'autre, mais la supériorité numérique de l'ennemi est écrasante. Le capitaine de la Taille tente de rallier son escadron dans le bois de la Mourière. L'ennemi ne poursuit pas son avantage et les chasseurs valides peuvent se replier, mais les absents sont nombreux : on compte 12 tués et 32 blessés sur les 80 qui ont participé au combat. Toutes ces nouvelles se propagent comme une traînée de poudre à travers Piennes, Joudreville et les environs. La rue des Ecoles est à 800 m du lieu des combats, prises de panique, les deux sœurs et Glossinde leur belle-sœur, décident de partir chercher refuge à Verdun, place forte distante de 40 km. Elles, avec Narcysse Chary et Félicien Boursier, pensent y être en sécurité. Glossinde emmène ses quatre enfants : Maurice 7 ans, Fernand 5 ans, René 3 ans et porte Paulette 5 mois dans son tablier. Elle est accompagnée de ses belles-sœurs, Irma, Marie Félicie, de Narcisse Chary et de leurs enfants. Dans chaque village la cohorte s'allonge de nouvelles familles. A Affléville, les habitants qui n'ont pas fui lors de l'incendie du village le 9 août, s'en vont cette fois. Madame Hillard se joint à la colonne avec ses sept enfants, les plus petits dans une poussette d'enfant. A pied en passant par Affléville, Aix, ils feront halte dimanche 23 août chez leur oncle Emile François Derelle, boulanger à Rouvres. Rouvres est un joli village de la Meuse, comptant 493 habitants répartis en 141 ménages, situé au nord d'Etain sur la route de Verdun à Briey, à 25 kilomètres de la frontière et à 45 kilomètres de Metz. Les maisons rurales, solides et élégantes sont rangées le long de deux larges rues. Une belle et grande église achevée en 1866 occupe le centre : le clocher, haut de 52 mètres, domine encore toute la plaine. Gracieusement situé au milieu d'un pays riche en céréales et en pâturages, le village est entouré à quelques distances d'une couronne de forêts de chênes de cinq à six kilomètres d'étendue. L'élevage du bétail, des porcs et de la volaille enrichit les paysans. Cinquante hectares de terre cultivée donnaient aisément en fin d'année à leur propriétaire un revenu net de près de 4 000 francs. Au début de la deuxième quinzaine d'août 1914, le village a été traversé par des troupes françaises qui se repliaient. Ensuite le calme était revenu. Le calvaire de Rouvres Le 24 août, à 7 heures du matin, deux chasseurs à pied français sont en faction au clocher ; quatre dragons voyagent autour du village. Vers 10 heures, les chasseurs descendent du clocher. A 11 heures, M. Teurquetil montant au clocher, aperçoit une masse noire qui s'avance en masse compacte du côté de la ferme de Halloye. En descendant il dit à l'instituteur (Emile Julien) en lui rendant les clefs du clocher Les Prussiens ne sont pas près d'entrer en France ; voici les Français ! Hélas, il se trompe, car il s'agit d'allemands. Il doit y avoir au moins un millier d'hommes appartenant à la cavalerie, à l'artillerie et à l'infanterie. Heureusement nos soldats sont plus attentifs. En dehors du village les dragons en embuscade commencent le tir, abattent quelques Uhlans et filent au galop de leurs chevaux, à 10 kilomètres de là dans la direction d'Etain, vers le sud-ouest, annoncer à nos troupes l'approche de l'ennemi. Les Allemands ramassent à la hâte leurs morts et se croyant attaqués par des forces supérieures, rebroussent chemin et abandonnent dans l'abreuvoir communal deux pièces d'artillerie et leur attelage de 12 chevaux. Ils reviennent de Nomeny au nombre de 3 000. Ils entourent le village. A leur entrée, ils affirment aux habitants qu'ils ne leur veulent aucun mal. A 11 h 45 au début du repas, l'instituteur entend du bruit dans la rue : les Allemands qui fouillent le village entrent chez lui, demandant du pain et du vin ; ils boivent deux litres de vin, mangent du pain, de la saucisse, de la tarte et sortent en le remerciant. A une heure et demie, une grêle de grenades et d'obus tombent sur le village, incendiant les maisons ; à 2 heures le feu cesse. Les Uhlans, postés à quelques mètres du village, empêchent les habitants de s'enfuir tandis que d'autres, postés à l'intérieur des rues, tirent à bout portant sur les malheureux qui, affolés, prennent toutes les directions. C'est alors que commence une véritable boucherie, l'ennemi a pénétré dans le village et, maison après maison, fait sortir tous les habitants. Les hommes valides sont ramassés et forment deux groupes d'environ dix hommes chacun, qui sont emmenés à l'extrémité du village, où ils sont fusillés séance tenante de chaque côté de la route. Parmi eux se trouvent notamment MM. Périn, adjoint, vieillard de 72 ans et Bouché, tailleur, infirme et impropre au service, ayant dépassé la quarantaine. Témoignage de l'instituteur, rescapé du carnage : «Je sortais du village tenant ma fille par le bras ; ma femme donnait la main à une pauvre infirme. Nous n'avions pas fait cent mètres que deux Uhlans du 137e piquèrent de mon côté faisant feu. C'était à moi qu'ils en voulaient. Je dis à ma fille : Ma chère enfant, ma pauvre femme, je suis perdu, adieu pour toujours. Arrivés à dix mètres de moi, ils me visèrent et tirèrent cinq coups sans m'atteindre ; ils se retournèrent à nouveau et tirèrent encore cinq coups. J'étais manqué. Fiévreux, ils tirèrent leurs sabres avec furie et s'élancèrent. J'attendis, comme ils abaissaient leurs armes, je me baissai et m'élançai sous l'entrée d'un parc fermé de fils de fer barbelés. A nouveau comme des bêtes fauves, ils revinrent à la charge, mais arrêtés par les fils, leurs chevaux se cabrèrent et j'en profitai pour franchir un mur et de jardin en jardin, je rentrai dans le village en feu. Des soldats, sortant de chez moi, chargeaient mes pendules, mes couverts, mon linge, dans une automobile où se trouvait un lieutenant-colonel. Ces soldats m'arrêtèrent, me saisirent et m'accusèrent d'avoir tiré sur eux : C'est vous, nous vous reconnaissons. Je fus mené sur la route de Lanhères près d'un capitaine qui me dit : Vous serez fusillé ; mettez vous là.... Et les soldats, baïonnette au canon, hurlant de joie, attendirent l'ordre de faire feu. Tout à coup un des Uhlans qui étaient venus chez moi me reconnut et intervint pour moi auprès du capitaine qui dit : Gut Venez : où est le bourgmestre ? On va le fusiller à votre place. Je dus revenir au village entre deux colonnes de fantassins qui ne me ménagèrent pas les coups de poings et de pieds, ni les insultes les plus grossières. Je fus obligé de marcher le premier de la colonne, d'ouvrir les portes des placards et des armoires de M. Wuillaume, maire, qui resta introuvable». Témoignage du maire, également rescapé : «Un officier supérieur allemand, s'était emparé, en traversant ma salle à manger, d'une douzaine de couverts en vermeil, vint frapper à la porte du réduit dans lequel nous étions réfugiés. Il me déclara que j'allais être fusillé et fit ranger tous les hommes d'un côté et toutes les femmes de l'autre. Comme ces dernières l'imploraient en pleurant : Taisez vous, cria il, ou je vous fais fusiller tous. A ce moment, un jeune officier, qui avait mangé chez moi dans la matinée, intervint et nous sauva la vie. Les Allemands exigèrent ensuite que ma femme ouvrît notre coffre-fort. Ils n'y trouvèrent que trois montres sans valeur ; le chef en prit une entre ses mains, puis la rejeta avec dédain. Etant resté dehors, j'ai demandé alors à rentrer chez moi pour prendre une casquette, car la grande chaleur m'incommodait. L'officier supérieur me répondit que je n'avais pas besoin de casquette pour ce qu'on allait faire de moi. Il ordonna ensuite à ma femme de partir pour Lanhères. Je m'attendais à être fusillé ; de nouveau, l'intervention du lieutenant me sauva. On me déclara que j'étais prisonnier et on me fit conduire à Lanhères, où je retrouvai plusieurs de mes concitoyens, ainsi que ma femme. Je dois dire que l'officier supérieur qui voulait me faire massacrer a tout fait pour me pousser à quelque parole de protestation, afin de pouvoir me tuer avec son revolver, qu'il ne cessait de me placer devant le visage, en me traitant de sale Français, de cochon de Français et de chien de Français Il m'a porté un violent coup de pied à la cuisse et, quand il a déclaré consentir à me faire grâce de la vie, il m'a dit : Vous aurez toujours devant les yeux l'incendie de votre village ; il aura été détruit par votre faute et vous en aurez la honte. Il prétendait en effet que j'avais fait tirer ou laissé tirer sur ses hommes, bien que, quinze jours avant l'arrivée des allemands, j'eusse fait annoncer à son de caisse que je recommandais de ne se livrer sur eux à aucun acte d'agression. Ce n'est pas fini, nous dûmes passer au milieu des soldats qui ne nous ménagèrent pas les coups et faire trois kilomètres à pied pour gagner l'ambulance allemande où il nous fallut soigner leurs blessés. En nous quittant, l'officier me dit : je vous donne la vie pour que vous puissiez avoir toujours l'horreur du crime qu'on vient de commettre. Vous êtes seul responsable. Après quoi il me donne un coup de pied dans le dos et un coup de cravache sur la tête». La tragédie chez le boulanger Chez Emile Derelle, toute la maisonnée s'est réfugiée à la cave dès l'arrivée des allemands et pendant le bombardement. Lorsque la maison a commencé à brûler, tout le monde se précipite dehors et s'enfuit dans la rue en direction d'Etain. A la sortie du village, les Uhlans les arrêtent et séparent les hommes des femmes. Glossinde arrache son fils Fernand des bras de Narcysse Chary et avec Paulette dans son tablier, s'éloigne en pleurant, poussant devant elle les deux plus grands, Fernand et Maurice. Emile Derelle, Narcysse Chary et Félicien Bourcier sont emmenés vers Rouvres. Ils seront tués à coups de sabre dans un champ d'avoine à 300 m du village. Les corps méconnaissables seront identifiés plus tard grâce à des détails vestimentaires : Narcysse grâce à sa montre et Félicien par les fermoirs de ses bretelles. La description (italique) ci dessous doit les concerner. DEPOSITION reçue, le 16 septembre 1914, à TROUVILLE (Calvados). HOUDE (Florent), soldat réserviste au 64e bataillon de chasseurs à pied, N° matricule 1948, actuellement en traitement à l'hôpital militaire de Trouville. Le 24 août dernier, vers 18 heures, en pénétrant dans le village de Rouvres (Meuse), qui venait d'être évacué par les Allemands, tout de suite à gauche, au coin d'une rue, devant une maison, nous aperçûmes onze personnes mortes, qui étaient en tas les unes sur les autres ; les personnes qui se trouvaient là, nous ont dit que les Allemands les avaient massacrées vers 15 heures, alors que ces personnes cherchaient à sortir de chez elles. J'ai vu ces victimes et j'ai remarqué que, parmi elles, il y avait une jeune fille de 15 à 16 ans, des jeunes gens d'environ 18 ans et des hommes de 50 ans environ ; il n'y avait pas d'autre corps de femme que celui de cette jeune fille. En quittant le village, toujours à la poursuite des allemands, nous aperçûmes dans un champ d'avoine, à trois cents mètres du village, trois corps en cercle ; il y avait, parmi ces trois nouvelles victimes, un jeune homme de 15 à 16 ans, qui avait la bouche fendue, d'où le sang s'échappait ; les deux autres étaient des hommes d'un certain âge, l'un avait un côté de la tête écrasé et le dernier avait le cou sectionné. Lecture faite, persiste et signe. Femmes et enfants ont trouvé refuge au fond d'une carrière sur la route d'Etain. Pris d'une envie soudaine, Maurice est prié d'aller faire ses besoins plus loin afin de ne pas importuner les autres. En montant en haut de la carrière, il voit Rouvres qui brûle dans la nuit. C'est ainsi qu'ils sont découverts par deux allemands qui posaient une ligne de téléphone de campagne, ils sont conduits sur la route de Lanhères, où se forme un convoi de prisonniers civils d'environ 35 personnes de tout âge dont Madame Hillard d'Affléville avec ses enfants. Le village de Lanhères est occupé par l'ambulance allemande, la colonne y arrive le 24 au soir. Maurice Derelle se souvient d'un soldat allemand coupant avec son sabre une tranche de pain dans une grosse miche. Le lendemain matin, personne ne s'intéressant à leur sort, certains décident de rentrer chez eux, à Rouvres, à Joudreville et Murville pour les familles Derelle, Bourcier, Chary et à Affléville pour Madame Hillard. A Joudreville, au 10 rue des Ecoles, la famille Derelle est accueillie par le chien, toujours vivant et attaché à sa chaîne. Il avait été oublié dans la panique de départ. A Rouvres, après avoir assouvi leur fureur sur d'innocentes victimes, les Allemands, à la tombée de la nuit, ne songèrent plus qu'à éteindre leurs remords dans de copieuses libations et à satisfaire leur gloutonnerie dans une orgie qui se prolongea jusqu'au matin. Deux des principales maisons, celle de Léonard Eugène et celle de Robinet Constant avaient été à dessein préservées du feu. Ce fut là qu'ils transportèrent des tonneaux de vin, plusieurs centaines de bouteilles d'eau-de-vie, tout le butin qui ne put être envoyé à Metz en automobile. Le bétail lâché dans les camps lors de l'incendie, les porcs enfermés dans les clos, les moutons et les volailles devaient fournir la matière d'un plantureux festin. A la disette des jours précédents survenait une abondance de vivres permettant à chaque soldat de manger et boire à plaisir. A la lueur de l'incendie et au bruit du canon, les soldats français arrivent de Verdun. Malgré leur infériorité numérique, les Français n'hésitent pas à attaquer l'ennemi. Toute la nuit nos adversaires tirent au canon pour tenir les Français à distance. Dès l'aube du 25 août, le 85ième de ligne ayant avec lui de l'infanterie de marine reprend l'offensive. Le combat est indécis jusqu'à quatre heures de l'après-midi ; nos troupes reculent pied à pied en s'abritant dans les bois et en infligeant de fortes pertes à l'ennemi. Vers 4 heures un renfort permet aux nôtres de reprendre l'offensive. Ils refoulent l'ennemi qui s'enfuit en désordre s'abriter derrière le village de Lanhères à 2 kilomètres au sud-est de Rouvres. Les Allemands avaient établi leur ambulance dans l'église et l'école de Lanhères ; c'est à l'abri de la Croix-Rouge qu'ils installent leur batterie. Les Français, pour éviter d'atteindre les blessés, font un détour vers Etain et y placent leur pièce. Le premier obus sert de point de repère ; au second coup, la batterie ennemie vole en éclats. Pendant que les Allemands choisissent d'autres positions, nos soldats profitant d'un accident de terrain disposent habilement leurs mitrailleuses au haut d'une colline, sur les deux flancs des allemands, à droite et à gauche de l'unique issue qui leur permettrait de regagner leurs retranchements. C'est la fuite éperdue sous le feu des mitrailleuses et d'autre part, le tir de nos artilleurs restés en arrière. A la même heure, les troupes françaises arrivées à Lanhères délivrent le maire, l'instituteur et une trentaine des survivants de Rouvres emmenés prisonniers, qui ont dû passer la nuit à soigner les blessés allemands. La famille Derelle est déjà partie et arrivée à Joudreville, du côté allemand du front ! D'autres ont trouvé refuge en Haute-Savoie du côté français et malheureusement certains ont été emmenés en Allemagne au camp de Switkau pour quatre années de détention. Plus tard à Buzy, l'instituteur reconnaîtra facilement, au milieu des prisonniers dont le convoi venant d'arriver, le colonel allemand qui avait ordonné le massacre des habitants de Rouvres. C'est un homme de haute stature, aux traits caractéristiques bien marqués, à l'air féroce et au regard méchant. Il le signalera au colonel français qui lui promettra de le faire traduire en conseil de guerre. Joudreville est occupée, comme les communes voisines. Les maisons désertées sont systématiquement pillées. La population qui est restée est soumise à la volonté de l'occupant : réquisitions de toutes natures, travail dans les champs à raison de quatre à cinq sous de l'heure pour les femmes et les jeunes filles. Un appel nominal est fait chaque samedi pour s'assurer de la présence de tous les habitants. Ville de l'arrière immédiat du front, Piennes voit ses bâtiments publics transformés en hôpitaux. Chaque jour, des centaines de blessés y sont acheminés. Des colonnes de prisonniers, poilus hirsutes et affamés, harassés et hagards, traversent notre localité. Un camp de prisonniers russes est établi dans les corons de la Mourière : ils sont occupés aux travaux du fond affamés, maltraités, ils meurent en grand nombre. Leurs sépultures, sont au cimetière militaire de la Mourière. Le ravitaillement manque ; le rationnement établi prévoit 125 g de lard, de graisse, de riz par mois, 300 g de haricots, 50 g d’Erstz Kaffée, 150 g de pain... Les enfants vont faire la queue auprès des cuisines ambulantes, la casserole à la main. L'exil En mars 1915 les Allemands décident de se séparer des bouches inutiles. Les grandes familles sont envoyées en zone française. Glossinde avec ses enfants : Maurice 7 ans, Fernand 5 ans, René 4 ans et Paulette encore nourrie au sein est conduite à la gare de Baroncourt sur un char à banc. Elle y retrouve sa sœur Marie (mariée à Jules Morin) et ses deux enfants : Julie et Gabriel. Elle y retrouve également sa belle-sœur Anasthasie Derelle et ses deux enfants : Marcel et Auguste. Tous les petits portent une grosse étiquette autour du cou avec leur identité. Le train les emmène en Allemagne à Darmstadt où la population leur montre le poing et hurle des insultes sur leur passage. C'est ensuite la Suisse où Maurice goûte la première orange de sa vie offerte par la population. Maurice, parti se promener avec son copain Raiser, faillit rater le départ. Réprimandé par sa mère, il se tient coi pendant le reste du voyage. Ils sont inscrits le 28 mars 1915 dans les registres à Genève avec la destination de Beaumont Sardolles. Au passage de la frontière française, la tante Tasie (Anasthasie) entonne la Marseillaise. A Nevers, la municipalité leur trouve une pièce pour dormir. Anasthasie râle à propos de la paille qui sert de matelas à même le sol et sur l'accueil des Français de l'arrière pour qui, ils seront toujours les oches de l'Est. Le point de chute est trouvé vers St Benin d'Azy dans la maison du piqueux (responsable des chiens) du château de la Cave. C'est là que vivront les deux familles pendant environ dix huit mois. (Je n’ai pas d’information sur la famille de Marie, sœur de Glossinde). Anatole Paulin, le mari de Glossinde avait été mobilisé en août 1914 et envoyé en Belgique où il est encore en juin 1915. Il a failli partir à Salonique en Grèce suite à la malheureuse expédition des Dardanelles. Un de ses copains périra lors du naufrage du bateau qui l'y emmenait. Il vient en permission à St Benin d’Azy. Anastasie, Emile et Anatole Paulin les frères et sœurs Derelle avec Glossinde. Elles échappent à une épidémie de croup, elles attribuent ce salut aux sachets de camphre portés autour du cou ! Les familles touchent les allocations des réfugiés tous les mois à la sous-préfecture, les enfants ramassent les œufs dans les haies pour améliorer l'ordinaire. Un néflier, à coté de la maison, est apprécié pour ses fruits. Elles vont à la messe et à la sortie, lorsque c’est la saison, la Châtelaine, Stéphanie Dumont qui a épousé Jean Charles de St Vallier de la Croix de Chevrière, leur offre un plein panier de fruits. Elles s’en souviendront toute leur vie. Anatole Paulin est démobilisé en 1916 comme chef de famille et surtout pour travailler dans les mines. La politique d'armement à outrance nécessaire pour reprendre l'offensive sur le front nécessite le retour au travail des spécialistes de la métallurgie, des mineurs aux mécaniciens. La famille est donc transplantée en décembre 1916 à Sexey aux Forges au sud-ouest de Nancy. Ici comme ailleurs les difficultés sont grandes pour trouver un logement. Finalement Monsieur Davon leur cède une chambre de 4 m sur 4. Il exploite une scierie mue par une roue à aubes sur la rivière Ste Anne avec un seul bras et deux doigts à son unique main droite. Anatole travaille au chargement du stock de minerai de la mine St Anne et à l'exploitation du Val de Fer à Marron pour les aciéries de Neuves-Maisons. Un bassin sur le canal tout proche est occupé par des péniches allemandes, bloquées à cet endroit depuis l'ouverture des hostilités. Maurice va y jouer en portant sa sœur Paulette sur ses épaules. Maurice achète le tabac de son père chez un émigré Belge, M. Adam. Celui-ci touche une pension en dollars à la suite de services rendus aux troupes américaines. Maurice découvre le cinéma muet installé par les Américains, la manivelle que l'on tourne plus ou moins vite, le drap de lit qui sert d'écran et le piano pour l'ambiance. Maurice et ses copains ont percé la palissade en bois derrière l'écran et regardent le film muet à l'envers. Glossinde est enceinte de Georges, elle accouche à l’arrivée à Sexey aux Forges, dans cette pièce sans chauffage sérieux, son berceau sera une vielle auge de pierre. Tous les enfants, sauf Paulette, auront des engelures aux pieds qui seront soignées par des compresses de lard frais. Maurice restera quelques temps sans pouvoir marcher. Les aciéries de Neuves-Maisons finissent par attirer les avions allemands en 1917. Des bombes tombent dans les bassins et Maurice y remplit des seaux de poissons morts qu'il apporte à sa mère pour les manger en friture. Glossinde les jettera sur le tas de fumier. Il est vrai que d'habitude il en rapportait moins à la fois car le matériel : baguette, crin de cheval et épingle de nourrice, n'était pas très performant. De plus il était obligé de chasser les mouches pendant la classe. La destruction des aciéries de Neuves-Maisons entraîne un nouvel exil de la famille vers le sud, dans un secteur inaccessible à l'aviation ennemie. Le mineur reprend le chemin de la mine, de charbon cette fois, dans la région de Bézier dans l'Hérault à Graissessac. Ils prennent le train et se trompant d'itinéraire ils doivent payer un supplément malgré leurs protestations. Ils arrivent donc à Gressessac avec seulement 5 F en poche. Le salaire est perçu en billets de carton émis par la chambre de commerce du département. Les quatre plus grands enfants couchent dans le même lit, deux à la tête et deux au pied. Georges, le plus petit, est il avec les parents ? Ils apprennent à faire des castagnioux dans le bâtiment communal réservé à cet effet. Le feu est au rez-de-chaussée et les châtaignes sont séchées à l'étage puis décortiquées. Il est vrai qu'il n'y a pas de pommes de terre à manger, les castagnioux sont le menu obligatoire. Il n'y a pas d'eau non plus ; Glossinde s'est fait rappeler à l'ordre par les villageois car elle en prend trop. Elle est obligée de se lever la nuit pour en chercher discrètement, afin de laver le logement. Ici également ils échappent à une épidémie. Il s'agit cette fois de la grippe espagnole d'avril à novembre 1918. Il y avait tellement de décès que l'on ne prenait plus la peine de faire sonner les cloches. Les rues étaient blanches d'une poudre désinfectante (cette épidémie a fait quinze millions de morts dans le monde à cette date). L'Armistice Après l'Armistice la famille Derelle retourne en Lorraine. Glossinde est enceinte de son dernier fils. A Joudreville les cités ont été utilisées par les Allemands. Vingt trois logements ont été habités normalement pendant toute la guerre. A partir de janvier 1916, les 307 vacants furent occupés en permanence par les troupes allemandes. La rue du Pâquis qui avait grandement souffert d'un bombardement en août 1914 vit un groupe de maisons rasé jusqu'au premier étage, couvert de tôles et transformé en cantine. Certains logements endommagés restèrent sans réparations, alors que la partie droite de la rue servit d'écuries, les planchers ont été défoncés ou même brûlés. La plupart des rues servaient de cantonnements ; la rue de Norroy avait pour vocation d'infirmerie des chevaux... Portes et fenêtres étaient utilisées comme bois de chauffage. Des logements en bois furent démontés en 1915, pour être transportés plus près du front. Enfin l'explosion en 1917 d'un dépôt de munitions qui se trouvait sur le plateau, près de la gare de Joudreville, acheva d'ébranler fortement les habitations. || Photo des massacres des civils à Rouvres (55) Photo de la grand-mère et de ses enfants (dont mon père) en 1915 à St Benin d'Azy (58)
...à la guerre comme à la guerre...
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Mon arrière grand-père, du côté de ma mère, était un pâtissier français qui fut chef pâtissier au Negresco à Nice. Puis il eut une célèbre pâtisserie à Genève. pendant la guerre de 14, il fut affecté à la cantine comme cuisinier, vu ses compétences culinaires. Il est né à Saint Genix en 1875 et il paraît qu'on lui doit la fameuse gourmandise du petit pain de Saint Genix fourré aux pralines. Je mets en ligne son briquet fabriqué à partir d'une balle, et sa signification d'incorporation . Sinon,j'ai des numéros du POILU annoté de sa main. Et une photo de lui à la cantine que je mettrais aussi en ligne. Je précise que c'était parait-il, un homme très bon, gentil avec ses proches et qu'il ne parla jamais de son expérience sur le front, probablement, parce qu'il n'était pas dans les combats rapprochés. || Briquet fait à partir d'une balle. Signification d'incorporation pour le front .


