FRAD008_70 Ce que j'ai vu | rien de plus...
Souvenirs d'un poilu de la Grande Guerre par Louis Chantelot, né en 1892 à Grandris (Rhône). Mémoires en deux tomes d'une centaine de pages, rédigées après guerre, son récit débute le 1er septembre 1914 en partance de Domfront (Orne) et se termine un an plus tard, en septembre 1915. Blessé par un éclat d'obus, Louis Chantelot est transporté à Sainte-Ménehould (Marne). La contributrice n'a aucun souvenir de guerre laissé par son grand-père, mais ces documents constituent un précieux témoignage pour sa famille et le grand public.
Souvenirs d'un poilu de la Grande Guerre
Memoir
Louis Chantelot
CREATOR
Monique Boillon
DATE
1914-09-01 - 1915-09
LANGUAGE
fra
ITEMS
0
INSTITUTION
Europeana 1914-1918
PROGRESS
METADATA
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« Le Général » : « Quand nous sommes arrivés sur eux aux cris du pilou | j’ai vu leurs yeux effrayés. »
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Photo du Général en 1973 à La Crouen en Nouvelle Calédonie Stèle de Vesles et Caumont Urne au cimetière militaire de Nouméa Les 685 Océaniens morts pour la France ( à partir fichier excel exporté en PDF) || « Le Général » : « Quand nous sommes arrivés sur eux aux cris du pilou, j’ai vu leurs yeux effrayés. » Ma modeste contribution au fonds Europeana avec la soumission de dix histoires (à partir de deux comptes mails différents vurbain@club-internet.fr et vincent.urbain@free.fr ) se clôt ainsi qu’elle a débuté, par un hommage auprès d’un cher vieux poilu. Le premier était Monsieur Honoré, Bas-normand de son état ; le second est un Kanak de Nouvelle Calédonie, l’un des 1039 « volontaires » indigènes de 1916 qui travailla et combattit dans les rangs du fameux bataillon Mixte du Pacifique (BMP). Ce pittoresque petit monsieur ne se déparant jamais de son calot de combattant, toujours armé de son sabre d’abatis parfaitement entretenu, faisait office de cantonnier autour de l’hôtel restaurant de la station thermale de La Crouen près de Canala que tenaient mes parents dans le courant des années 1970. Nous le surnommions affectueusement « Le Général ». De quelle tribu près de Négropo était-il ? Emma ? Caillou ? Est-ce important, du reste ? Difficile de le faire s’exprimer sur son expérience. Comme beaucoup d’anciens confrontés aux violences les plus extrêmes et qui en ont tant vu, il n’était guère disert. Et puis son français n’était qu’approximatif. Mais quelle vigueur au travail en dépit de ses presque 80 ans ! Ce qui l’avait le plus marqué fut cette charge démente sous le feu des mortiers et des mitrailleuses dans des marécages glaciaux, fusil en bandoulière et sabre local à la main aux cris du pilou. Avez-vous vu et entendu un vrai pilou ? Les pilous de l’époque n’étaient pas du folklore. C’était encore le temps des guerriers kanaks de la grande tradition. Le souvenir de la grande insurrection de 1878 était encore bien vivant. Et en 1917, une année avant cette attaque, s’était levée en Nouvelle Calédonie une nouvelle révolte kanak. C’était chaud partout, dirions-nous aujourd’hui. «Awah ! Ouuuuh ! Quand nous sommes arrivés sur eux aux cris du pilou, j’ai vu leurs yeux effrayés, oyhé ! », m’a t’il soufflé un jour dans un grand rire bien du pays. Il n’y avait là nul mépris. Le Général avait depuis longtemps pris la mesure de l’ennemi et savait combien celui-ci était aussi valeureux que les siens. Le corps à corps entre tous ces braves fut sans merci. Mais au jeu du sabre et du couteau, les Allemands ne purent durablement rivaliser. Ceux qui le purent, durent s’enfuir. Ils contre-attaquèrent bien entendu, avec force et courage. Mais le BMP tint bon puis continua à enfoncer les lignes adverses. Plus tard, en étudiant le journal de marche du bataillon, j’ai compris qu’il s’agissait de la prise de Vesles et Caumont dans l’Aisne au matin du 25 octobre 1918. Ici, le bataillon a subi ses plus lourdes pertes. En 2010, je me suis rendu sur les lieux. Certains champs de bataille érodés par le temps ne disent plus rien ou si peu. Mais celui-ci ! A la découverte de l’étendue des marais - aujourd’hui riante réserve naturelle -, de leur profondeur, l’émotion fut instantanée, brutale. Je suis très touché par la municipalité de ce petit village qui a tenu à honorer le sacrifice de ces soldats du bout du monde, blancs, noirs, cuivrés, par une stèle sur laquelle est inscrit le nom de chacun des libérateurs qui fit don de sa vie. Merci aussi à vous, Général, pour votre combat, pour votre témoignage, pour les bons moments partagés. Par bonheur, de vous, il me reste cette unique photo que j’ai prise en 1973 et que pour la circonstance, mes frères Jean-Paul et François ont remarquablement restaurée. Aux côtés de Véronique, de Nicole, jeune albinos de la tribu, du petit Mikaël et de mes parents, vous étiez l’incarnation, vous êtes encore l’image de la dignité et de la fierté des tirailleurs du Pacifique. PS : Ces hommes ont été doublement victimes, de la guerre proprement dite d’abord, du désastre sanitaire et médical ensuite, consécutif aux dures conditions climatiques auxquelles il n’étaient point accoutumés, des insuffisances de la médecine, de l’irruption de la grippe espagnole. Des statistiques personnelles élaborées à partir du site du BMP et d’autres, établissent que toutes unités confondues, 2273 Calédoniens sont partis dont 1234 Caldoches et Zoreilles et 1039 Kanaks. 530 ne sont pas revenus dont 180 Caldoches (14,5%) et 350 Kanaks (33,7%). La proportion très supérieure des Kanaks vient du fait que ces derniers ont été davantage victimes de maladies (ceci se vérifie avec leurs camarades Tahitiens). Le BMP a perdu 395 hommes dont 1/3 sont morts au combat et les autres emportés par la grippe, la pneumonie, la méningite et des péritonites. Mais les statistiques n’ont pas d’humanité. Voici pour un hommage plus personnalisé à l’égard de chacun des 685 Océaniens morts pour la France (367 au combat, 318 par maladie), les noms, les dates, les lieux, les circonstances respectives de leur disparition. Travailler les fiches, une à une, m’a permis de retrouver ce sentiment de proximité qu’au fond, nous cherchons tous lorsque nous nous intéressons à l’Histoire.
(carte couleurs) avec nous rien à craindre
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Nénette, Rintintin et Petit lardon avec nous rien à craindre et with us nothing to be afraid of !(carte couleurs) || Front


