FRAD008_27 Carnets de Victor Scheiner
3 carnets
Victor Scheiner était le grand-père de l'épouse du contributeur. Il habitait Saint-Loup-Terrier (Ardennes). Il servit entre autres au 103e régiment d'infanterie, notamment comme mitrailleur. Plusieurs fois cité et décoré. Les documents ont été retrouvés dans un carton de la maison familiale.
CREATOR
Patrick LOIZON
DATE
1914 - 1916
LANGUAGE
fra
ITEMS
1
INSTITUTION
Europeana 1914-1918
PROGRESS
METADATA
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FRAD071-104 Victor LECOCQ | les carnets d’un sapeur de la Belgique à Pau.
1 Item
Récit de Jocelyne Lecocq sur son grand-père paternel Victor Lecocq, né à St Hilaire-Petitville dans la Manche. Lors du conflit, il écrit au jour le jour dans des petits carnets, trois d’entre eux sont en possession de la contributrice. Elle les a reçus de son père, Maurice né le 18 juillet 1911, aîné des trois garçons de Victor Lecocq. Ce dernier écrit lors de son long périple d’août au 25 décembre 1914 dans un corps de sapeurs. Parti du Nord, il se rend à Angers pour rejoindre son régiment d’affectation lors de la mobilisation. Le 7 août, après 29 heures de voyage, son régiment arrive à Vouziers (Ardennes) à proximité de la frontière du Luxembourg. Victor Lecocq décrit alors l’arrestation d’un espion allemand déguisé en chasseur français et l’absence d’information : « Depuis notre arrivée, nous sommes ici sans nouvelles, nous ne recevons aucun journaux, nous ignorons presque complètement ce qui se passe dans l’est. Nous recevons de temps à autre des dépêches qui ne reçoivent aucune confirmation et qui sont même quelquefois infirmées. Notre mouvement en avant aura au moins l’avantage de nous permettre d’être un peu plus au courant de la situation ». Le 18 août 1914, son régiment entre en Belgique et le 21, il arrive à Fosse dans la Sambre et constate « Les horreurs que la guerre amène avec elle…des familles sans abri, obligées de fuir. A 5 heures et demie, nous entrons même en scène, on entend le canon…nous autres creusons une tranchée pour abriter les fantassins en cas de retraite » et « les allemands se mettent à incendier les villages environnant Fosse…». Fin août, il repasse la frontière et le 29 son régiment essuie des feux d’artillerie et se replie sur Dercy (Aisne). De là, commence ce qu’appelle Victor Lecocq « les marches forcées », comme celle de 62 km en 24 heures, qui les mèneront en Champagne. Le 1er septembre les soldats arrivent à Hermonville (Marne) puis le 7 ont pour ordre « d’aller organiser la défense du petit village de Les-Essards-lès-Sézanne (Marne) ». Le 11 septembre, Victor Lecocq note qu’il traverse un pont de bateaux et passe près d’Ay (Marne) où « il passe la nuit dans un lit ! », chose qui ne lui est pas arrivé depuis le début de la campagne. Le dimanche 13, il indique qu’il se trouve sous le feu des pièces allemandes car son régiment est placé par erreur dans la colonne entre l’infanterie et l’artillerie et que les hommes n’ont « Pour tout abri, que de malheureuses meules de paille » et le 15, il précise qu’il est employé à creuser des fosses pour les morts. Le 26, il cantonne à Neuilly-Saint-Front (Aisne) où il note qu’il fraternise avec les anglais et est frappé par leur bonne organisation et par les « highlanders » qui « nous paraissent curieux avec leurs jupes écossaises, jambes nues au-dessus du genou ». le 29, son régiment arrive en gare près d’Amiens et est dirigé sur Vecquemont près de Daours dans la Somme. Le 4 octobre, il est à Neuville-Vitasse (Pas-de-Calais). Il décrit la ville incendiée et le creusement de tranchées et barricades pour conclure : «La situation semble lugubre au possible». En octobre, son régiment part sur Arras et le 23 suite à une blessure, il est transféré à l’hôpital temporaire n°11, rue Lavallard à Amiens. Il décrit alors sa vie à l’hôpital entre écriture, lecture et le passage des « Dames d’Amiens » qui apportent aux blessés vêtements, tabac, cigarettes. Il précise qu’il reçoit la visite d’une institutrice, Melle Boyeldieu qui lui donne un carnet « pour poursuivre ses écritures ». Le 5 novembre, il note qu’il a reçu une lettre et une photo de son fils Maurice « la canaille » né en 1911. Le 18 novembre, « 107ème jour de la guerre », il écrit « J’ai mis encore ce petit carnet à jour » et relate le bombardement d’Amiens par 3 taubes. Le 6 décembre, il part de l’hôpital d’Amiens et fait un long voyage en passant par Blois, Bordeaux pour arriver le 8 à Pau. Victor Lecocq note son transfert à regret de l’hôpital le 25 décembre, il s’agit de la dernière mention du carnet n°3. A la lecture de cette chronique, Mme Lecocq a été touchée par les conditions très dures et « inhumaines » faites aux soldats : « Couchent dans la paille, reçoivent un bol de lait comme unique repas à l’hôpital… » et que l’on ne prenait pas en compte leurs souffrances. Mme Jocelyne Lecocq a connu son grand-père, il décède quand elle avait 15 ans. Ce grand-père qui était ingénieur des Ponts-et-Chaussées est très cultivé, elle le revoit toujours alité des suites de ses blessures ou d’avoir été gazé durant la guerre suppose-t-elle. A la lecture de ses carnets, Mme Lecocq est frappée et émue par ce grand-père qui fait montre « d’une grande bonté, il écrivait pour les autres, parfois 12 lettres par jour lors de son séjour à l’hôpital », par le fait que ce qui le faisait tenir, c’était de songer à sa famille et à son village, Saint-Hilaire, qu’il écrivait tous les jours à sa femme, sa chère « petite Liline ». Ainsi, Mme Lecocq a compris que son grand-père était très sensible, très pudique et qu’il ne voulait pas étaler ses souffrances. Victor Lecocq a également participé à la deuxième guerre mondiale et a écrit au jour le jour. Il est à l’origine d’une tradition familiale d’écriture que la contributrice continue. Mme Lecocq a souhaité participer à la Grande Collecte pour rendre hommage à tous ces hommes qui ont souffert et faire connaître le témoignage de l’un d’entre eux, son grand-père. Cette démarche est très chargée émotionnellement et très symbolique pour elle. || Trois carnets écrits par Victor Lecocq relatant au jour le jour la première guerre mondiale


